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Tribune : Venezuela – Trump, un avertissement pour l’Europe ?

Par César Sabas
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Cette tribune analyse les tensions entre le Venezuela, Trump et l’Europe, rédigée par César Sabas, vénézuélien, diplômé d’un Master 2 en Relations Internationales et Politique de Sécurité, il dépeint la réalité brutale d’un monde où la souveraineté ne semble plus être qu’un concept facultatif pour Washington. En ressuscitant la Doctrine Monroe sous une forme radicale, Donald Trump ne se contente plus de régenter son « arrière-cour» : il redessine les frontières de l’acceptable.

Pour l’Europe, ce précédent est une mise en demeure existentielle. Entre les pressions prédatrices sur les ressources du Groenland et la volonté affichée de diviser les nations du continent pour mieux asseoir une domination transactionnelle, c’est le spectre d’une dislocation de l’Union européenne qui surgit.

Le 3 janvier 2026 ne fut pas un jour ordinaire dans le calendrier vénézuélien. Ce fut la date où le principe fondamental de la souveraineté nationale fut brisé de la manière la plus brutale qui soit. Le Venezuela s’est réveillé, et le monde avec lui, devant des images dantesques et surréalistes : des colonnes de fumée s’élevant depuis des points stratégiques de Caracas, le grondement sourd d’explosions ciblées, et le bourdonnement sinistre d’hélicoptères de combat Apache et Black Hawk des Forces Spéciales américaines fendant le ciel caracassien. La nouvelle, diffusée d’abord par des comptes anonymes sur les réseaux sociaux puis confirmée par des communiqués officiels croisés, ébranla les fondements du droit international : le président en exercice de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros, et son épouse, Cilia Flores, avaient été capturés lors d’une opération militaire éclair exécutée par les États-Unis.

Cet acte de guerre, présenté par l’administration Trump comme une « opération contre le narcoterrorisme », fut en réalité le point final d’une campagne de deux ans de construction narrative, de pression économique et d’escalade militaire. Ce ne fut pas un événement spontané, mais le résultat logique et prémédité d’une stratégie qui, en entremêlant mythes, demi-vérités et ambitions géopolitiques, chercha toujours à justifier l’injustifiable : l’intervention directe pour un changement de régime et la recolonisation économique d’un pays souverain.


La Construction de l’Ennemi Parfait (2024-2025) : Du « Tren de Aragua » au « Narco-État »

Toute grande opération de force nécessite la création d’un ennemi légitimant. Pour la machine politique de Donald Trump lors de son retour sur la scène présidentielle en 2024, le Venezuela offrait une cible multifacette et pratique. La narration fut construite sur deux piliers entrelacés, tous deux amplifiés par des secteurs de l’opposition vénézuélienne en exil et des congressistes cubano-américains de Floride.

Le premier pilier fut la criminalisation de la migration vénézuélienne. Durant la campagne de 2024, Trump ressuscita et amplifia jusqu’au paroxysme la figure du « Tren de Aragua », un gang criminel originaire du Venezuela présent dans plusieurs pays de la région. Dans ses discours, le récit fut simplifié et déformé jusqu’à transformer des centaines de milliers de migrants vénézuéliens, pour la plupart des familles laborieuses fuyant la crise économique, en une menace monolithique liée à cette organisation. Cette association généralisée lui permit de justifier l’une de ses premières mesures en 2025 : l’annulation massive des statuts migratoires protecteurs (comme le TPS ou le Parole) mis en œuvre sous l’administration Biden, scellant le destin de milliers de personnes et envoyant un message clair : le Vénézuélien était, par association, un délinquant potentiel.

Le second pilier, plus ancien et enraciné dans certains cercles du pouvoir à Washington, fut le mythe du « Cartel des Soleils ». Pendant plus d’une décennie, l’idée fut promue que le Venezuela s’était transformé en un « narco-état », où de hauts responsables militaires et des figures gouvernementales dirigeraient un cartel de la droge institutionnalisé. Malgré le fait que les rapports annuels de la DEA et de l’ONU indiquent systématiquement que la principale route d’entrée de la cocaïne aux États-Unis passe par le Pacifique (contrôlée par des cartels mexicains et colombiens, avec escale en Amérique centrale), et que le Venezuela, sans accès au Pacifique, est une route secondaire, la narration s’imposa dans le discours républicain. Trump et ses alliés fusionnèrent habilement les deux piliers : le « Tren de Aragua » serait le bras exécutant de rue et le « Cartel des Soleils » la direction, présidée par Maduro.

Cette construction discursive avait un objectif politique clair : déshumaniser le gouvernement et le peuple vénézuélien, les présentant non pas comme des acteurs politiques avec lesquels on négocie, mais comme une organisation criminelle transnationale contre laquelle il faut « faire la guerre ». C’était le prétexte parfait pour des actions qui, autrement, violeraient toutes les normes internationales.


Des Sanctions au Blocus : La Stratégie de l’Asphyxie et la Piraterie Moderne

La relation de Trump avec le Venezuela n’était pas nouvelle. Son premier mandat (2017-2021) fut marqué par une tentative ratée de changement de régime par des sanctions extrêmes et la reconnaissance de Juan Guaidó comme « président intérimaire ». Ces sanctions, qualifiées par l’ONU et des organismes humanitaires de « punition collective », paralysèrent les exportations de pétrole, empêchèrent les transactions financières et bloquèrent l’importation de nourriture et de médicaments, plongeant le pays dans une crise humanitaire sans précédent qui exacerba la migration. En 2023, dans un acte de cynisme révélateur, Trump regretta de ne pas être allé « jusqu’au bout » pour « prendre tout le pétrole vénézuélien ».

En entamant son second mandat en 2025, Trump ne répéta pas exactement la même formule. Il permit à la compagnie pétrolière américaine Chevron de continuer à opérer au Venezuela, un geste non de bonne volonté, mais de pragmatisme corporatif. Mais la pression prit une forme nouvelle et plus agressive.

Premièrement, après l’annulation des programmes migratoires, vint l’escalade militaire. À mi-2025 commença un déploiement progressif de la Marine américaine dans les Caraïbes, basé à Porto Rico. Le point de non-retour opérationnel fut franchi en septembre 2025. Un drone américain Reaper bombarda et coula une petite embarcation dans les eaux internationales proches de la côte vénézuélienne, accusée de transporter de la drogue. Onze personnes périrent sans qu’il y ait eu tentative d’interception ou d’identification certaine. Ce fut un acte de force unilatéral et extrajudiciaire qui inaugura une nouvelle phase : la « guerre préventive » contre le narcotrafic, où les États-Unis s’auto-octroyaient le droit d’attaquer toute embarcation « suspecte ». Trump se moqua même publiquement, affirmant que ses attaques avaient dissuadé les pêcheurs locaux, laissant des communautés côtières sans subsistance.

L’escalade culmina en décembre 2025 avec un acte de piraterie moderne : le blocus naval des exportations de pétrole vénézuélien. La Marine américaine commença à arraisonner, saisir et détourner les pétroliers transportant du brut vénézuélien vers des destinations comme la Chine, l’Inde ou Cuba, sous prétexte qu’ils violaient des sanctions unilatérales. Trump déclara que tout pétrole vénézuélien à destination autre que les États-Unis était « sujet à saisie en haute mer ». Le brut volé était ensuite vendu, et les fonds, retenus. Cette politique visait non seulement à étrangler économiquement le gouvernement, mais aussi à rediriger de force le flux de cette ressource stratégique vers le sol américain, coupant les liens économiques de Caracas avec ses alliés. Simultanément, le gouvernement de Maduro fut formellement désigné comme « organisation terroriste transnationale » par l’Administration Trump, pavant la voie juridico-politique à des actions plus drastiques.



Le 3 Janvier 2026 : L’Incursion et l’Enlèvement d’État

L’aube du 3 janvier 2026 fut le paroxysme de la tension accumulée. Malgré les assurances données par l’administration Trump à un Congrès méfiant qu’elle n’attaquerait pas le territoire vénézuélien sans autorisation, l’opération fut lancée. Ce fut une attaque militaire illégale, sans déclaration de guerre, sans mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU et sans un casus belli reconnu par le droit international (la capture d’un chef d’État pour des délits présumés ne justifie pas une invasion).

L’opération, présumément basée sur des renseignements de forces spéciales infiltrées et soutenue par des cyberattaques pour neutraliser les défenses, se concentra sur des cibles clés à Caracas et possiblement sur la côte, pour distraire et isoler. Les bombardements signalés, bien que d’ampleur limitée, cherchèrent à créer le chaos et à paralyser la réponse coordonnée. L’objectif principal était clair : capturer le président Maduro. Lors d’un opération de précision, des forces Delta ou des SEALs le localisèrent et le capturèrent avec son épouse, pour ensuite les extraire par hélicoptère vers un porte-avions dans les Caraïbes.

Le bilan, selon les premières informations, fut d’environ 80 personnes tuées, parmi des militaires vénézuéliens ayant répondu à l’attaque et, très probablement, des civils pris dans les tirs croisés ou dans les attaques de diversion. Le message était aussi clair qu’effrayant : les États-Unis se réservaient le droit d’entrer militairement dans n’importe quel pays, d’enlever ses dirigeants et de les juger selon leurs propres lois. C’était la doctrine de la « guerre contre le terrorisme » poussée à sa conclusion logique la plus extrême : la négation même de la souveraineté nationale.


La « Quasi-Colonisation » : Le Nouvel Ordre sous la Vice-Présidente Rodríguez

Avec Maduro enlevé et transféré vers une base aux États-Unis pour être jugé pour des accusations de narcotrafic et terrorisme (accusations qui, dans ce contexte, seraient perçues comme une parodie juridique par une grande partie du monde), le pouvoir échut, constitutionnellement, à la vice-présidente Delcy Rodríguez. Mais son gouvernement « intérimaire » naquit sous la botte d’une puissance étrangère.

La Marine américaine ne se retira pas de la mer des Caraïbes. Au contraire, sa présence devint permanente, assurant le contrôle du trafic maritime. Dans les jours suivants, sous une pression militaire et économique insoutenable, le gouvernement de Rodríguez fut forcé de signer un « accord » qui constitue le manuel de la colonisation économique du XXIe siècle :

1.  Monopole Pétrolier : Le Venezuela ne pourra exporter son pétrole qu'aux États-Unis.
2.  Confiscation Déguisée : Le paiement pour ledit pétrole se fera "au prix du marché", mais les fonds resteront bloqués sur des comptes américains sous le contrôle de l'administration Trump.
3.  Colonialisme Commercial : Ces fonds ne pourront être utilisés que pour acheter des produits et services exclusivement américains.
4.  Isolement Géopolitique : Les États-Unis exigent la rupture des alliances avec la Russie et la Chine, et l'éloignement d'initiatives comme les BRICS.

Ce mécanisme transforme le Venezuela en une usine à pétrole captive. Elle produit de la richesse, mais celle-ci est immédiatement confisquée et recyclée dans l’économie de la puissance coloniale, qui s’assure en plus un marché captif pour ses biens. C’est l' »impérialisme du libre marché » imposé par la force des armes, un retour cru au modèle de relations entre métropole et colonie.


Un Précédent Dangereux et le Silence Complice

Les événements du 3 janvier 2026 et leurs conséquences représentent une blessure profonde dans l’ordre international. Les États-Unis, en enlevant un chef d’État, ont légitimé la loi du plus fort comme principe directeur des relations entre nations. Ils se sont autoproclamés juge, jury et bourreau global, pratiquant ouvertement la piraterie et le colonialisme économique. Le fait que Nicolás Maduro soit une figure controversée au niveau international est hors de propos face au principe de souveraineté ; demain, ce pourrait être le dirigeant de n’importe quel pays défiant les intérêts de Washington.

Le revirement final, d’un cynisme shakespearien, est que Trump préféra s’entendre avec le chavisme décapité (avec Delcy Rodríguez administrant le pays à son service) qu’avec l’opposition vénézuélienne qui supplia depuis des années pour cette intervention. L’opposition fut utilisée pour construire le récit puis jetée, car elle n’avait aucun contrôle réel sur le territoire et les institutions. L' »anti-impérialisme » du chavisme, pour sa part, a été forcé de gérer la soumission du pays à l’empire. C’est une défaite historique pour les deux camps internes et une victoire à la Pyrrhus pour un projet impérial qui montre son visage le plus cru.

Le plus sombre dans toute cette histoire est le « silence complet de la communauté internationale » mentionné dans le texte original. L’absence d’une condamnation unanime et ferme, le manque de sanctions réelles contre les États-Unis, la paralysie des forums multilatéraux comme l’ONU, confirment un monde unipolaire où le pouvoir peut agir en toute impunité. Le Venezuela s’est réveillé le 3 janvier 2026 non seulement avec son président capturé, mais avec la preuve que les règles protégeant les petits États face aux grands avaient été, peut-être pour toujours, abolies. Le précédent est établi, et son écho résonnera dans les capitales de tous les pays qui oseront suivre une voie souveraine.

Il ne croit pas au droit international et éprouve un profond mépris pour les institutions libérales. Son comportement ne ressemble même pas à celui d’un autocrate comme Poutine ou Xi Jinping. Trump est en train de transformer les États-Unis en un nouvel empire mongol qui régira ses relations avec les autres pays par la force, et sa prochaine victime sera l’Europe, comme il l’a déjà clairement indiqué dans sa Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre 2025.

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