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Revue de presse luttes sociales UE 26 janvier 2026 : salaires sous pression, services publics en première ligne

Par Yohan Taillandier
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Par Yohan Taillandier janvier 19, 2026 0 Commentaires

Cette semaine du 19 au 25 janvier 2026, les luttes sociales continuent de se multiplier en Europe, des musées parisiens aux autoroutes allemandes en passant par les chemins de fer belges. Dans les pays européens les salariés se mettent en grève pour défendre leurs salaires, leurs horaires et pour défendre les services publcis. Les actions se répondent d’un pays à l’autre : fermetures de sites, blocages de routes, préavis de grève qui s’enchaînent. Et pour la fin de janvier, d’autres conflits sont déjà annoncés, avec de nouvelles journées de grève qui se préparent dans les transports et la culture.

Europe de l’Ouest : culture, transports et santé

Allemagne – Autoroutes et services publics : grève d’avertissement le 20 janvier

Le site VisaHQ publie un article intitulé « Grève nationale sur l’Autobahn : fermetures majeures de tunnels et embouteillages monstres à travers l’Allemagne » (19 janvier 2026), qui décrit une grève d’avertissement de 24 heures lancée par le syndicat ver.di chez Autobahn GmbH, l’opérateur autoroutier fédéral, après l’échec des négociations salariales.

Le 20 janvier au matin, plusieurs tunnels et ponts clés ont été fermés, provoquant d’importants embouteillages sur l’Autobahn et perturbant les navetteurs et le fret routier. Environ 14 000 employés d’Autobahn GmbH et plusieurs milliers de personnels des agences routières régionales ont participé à cette action.

Ver.di réclame une hausse de 7% des salaires ou au moins 300 euros par mois pour les bas salaires, invoquant une inflation toujours sensible et un marché du travail tendu, tandis que la direction estime cette demande “inabordable” dans le cadre des plafonds budgétaires actuels. Le syndicat prévient que, faute d’accord lors du prochain round de négociations prévu le 27 janvier, une série de fermetures tournantes de tunnels et ponts pourrait être organisée, ce qui annonce une escalade possible sur la fin du mois.

France – Musée du Louvre : grève reconduite, troisième fermeture lundi 19 janvier

Le Journal de la culture La Croix relève dans son article « Grève au Louvre : troisième fermeture du musée ce lundi » (18 janvier 2026) que le musée du Louvre est resté fermé lundi 19 janvier pour la troisième fois depuis le début de la mobilisation, débutée le 15 décembre 2025. Les personnels, notamment les encadrants de la surveillance, ont voté à l’unanimité la reconduction de la grève lors d’une assemblée générale, refusant de reprendre le travail tant que leurs demandes salariales et de conditions de travail ne seront pas satisfaites. Le site officiel du musée indique clairement que l’établissement est “exceptionnellement fermé” en raison d’un mouvement social, les billets achetés pour cette journée étant remboursés automatiquement.

Les syndicats (CFDT, CGT, Sud) dénoncent des conditions de travail dégradées, notamment depuis l’incident de sécurité du 19 octobre, ainsi qu’un décalage persistant entre leur rémunération et celle des agents du ministère de la Culture, résumé par le slogan “à travail égal, salaire égal”.

Belgique – SNCB et Tec : 5 jours de grève du 26 au 30 janvier

Le journal belge RTL Info consacre un article à la mobilisation des cheminots sous le titre « La SNCB et le Tec attaquent en force : 5 jours de grève dès lundi » (22 janvier 2026), annonçant une grève nationale de cinq jours du lundi 26 au vendredi 30 janvier. Les trains seront à l’arrêt dès dimanche 22h00 jusqu’à vendredi 22h00, tandis que les transports en commun wallons (Tec) seront également fortement perturbés.

Les cinq syndicats du rail (CGSP‑Cheminots, ACOD‑Spoor, ACV‑Transcom, etc.) dénoncent la détérioration du service public ferroviaire et s’opposent à un avant‑projet de loi réformant les chemins de fer, qu’ils jugent orienté vers la libéralisation et les économies budgétaires. Ils rappellent que les autorités veulent augmenter l’offre de trains de 10% et attirer 30% de voyageurs supplémentaires d’ici 2032, tout en réalisant 675 millions d’euros d’économies, ce qu’ils qualifient d’objectifs “contradictoires”.

Les syndicats annoncent aussi que des grèves interprofessionnelles, associant secteur privé et public, sont déjà envisagées pour février, ce qui laisse entrevoir une nouvelle vague de conflits sociaux au‑delà de la seule semaine du 19–25 janvier.

Europe Centrale et de l’Est : Routier et licenciement

Slovaquie – Audiovisuel public : licenciements massifs à STVR

En Slovaquie, la télévision publique STVR entre dans une zone de fortes tensions sociales après l’annonce de licenciements visant environ 5% des effectifs, soit près de 80 salarié·es sur un total d’environ 1 700. Selon la direction, ces coupes sont la conséquence d’un audit de 2025 sur la gestion des ressources humaines et les processus internes, présenté comme une étape nécessaire pour “stabiliser les finances” et “moderniser” l’entreprise. 

Mais la Public Media Alliance rappelle, dans son bulletin « PSM Weekly | 14 – 20 January 2026 » (19 janvier 2026), que ces licenciements interviennent après une série de tentatives gouvernementales de reprendre la main sur l’audiovisuel public, et que des organisations comme Reporters sans frontières y voient un risque de purge politique déguisée. L’ambiance est donc à la défiance : les syndicats et une partie de la rédaction dénoncent des “licenciements de trop”, qui pourraient viser en priorité des profils jugés trop critiques vis‑à‑vis du pouvoir.

Pour l’instant, on parle surtout de prises de position, de communiqués, de pétitions et d’appels à la mobilisation, plutôt que de grèves ou de manifestations massives mais tout indique qu’un conflit social plus ouvert pourrait éclater au moment où les licenciements seront effectivement mis en œuvre en février.

Balkans – Routiers contre le système EES aux frontières de l’UE

Dans les Balkans, plusieurs organisations de routiers de Serbie, Bosnie‑Herzégovine, Macédoine du Nord et Monténégro annoncent pour le 26 janvier un blocage coordonné de postes frontières vers l’Union européenne, notamment en direction de l’espace Schengen. Le média European Western Balkans explique, dans son article « Truck drivers from WB countries plan to block EU border terminals on 26 January » (23 janvier 2026), que ces organisations dénoncent l’entrée en vigueur du nouveau système d’entrée/sortie Schengen (EES).

Un dispositif numérique qui enregistre systématiquement les passages de ressortissant·es de pays tiers aux frontières extérieures. Les associations de transporteurs jugent que l’EES complique lourdement leur travail : multiplication des contrôles, files d’attente rallongées, incertitude sur la durée de séjour autorisée pour les chauffeurs, avec un impact direct sur les revenus et les délais de livraison.

Certain·es représentants de routiers, cités par N1 et repris par European Western Balkans, accusent même l’UE de chercher à “prendre nos chauffeurs les plus qualifiés”, voyant dans ce dispositif un moyen de tendre encore plus le marché du travail dans la région. La Communauté des transports (Transport Community), organisation internationale en charge des questions de mobilité dans la région, reconnaît l’existence de fortes inquiétudes et indique avoir alerté la Commission européenne à plusieurs reprises, tout en rappelant que l’EES prévoit déjà certaines flexibilités pour les travailleurs frontaliers ou les personnes circulant fréquemment.

Points communs et perspectives à court terme

Le point commun de toutes ces luttes, c’est d’abord une réalité : les salaires ne suivent pas, alors que les prix, eux, ont déjà augmenté et ne redescendent pas. Derrière la grève au Louvre, les préavis dans les transports ou les menaces de blocages aux frontières, on retrouve la même phrase : “on n’y arrive plus avec ce qu’on gagne”. Dans les services publics, la colère est décuplée par les sous‑effectifs, les restructurations permanentes et le sentiment que l’on demande toujours plus avec toujours moins de moyens.

La règle européenne des 3% de déficit, présentée comme un cadre de “responsabilité budgétaire”, devient concrète dans la vie quotidienne : postes supprimés dans les hôpitaux, coupes dans la culture, réformes des chemins de fer, gel des embauches dans l’audiovisuel public. Tant que cette règle reste intouchable, les gouvernements arbitrent contre les salaires et les services publics, tout en expliquant qu’ils n’ont “pas le choix”. En Slovaquie, les licenciements à STVR n’apparaissent pas seulement comme une mesure de gestion, mais comme un maillon d’un glissement plus large : affaiblir des médias publics déjà sous pression politique, dans un pays où la démocratie et l’indépendance des journalistes sont ouvertement contestées par une partie du pouvoir.

Face à cela, la question n’est plus seulement sociale, elle est aussi politique : que veulent faire les dirigeants européens des prochaines années ? S’ils maintiennent le dogme des 3% et la logique d’austérité, les conflits risquent de se multiplier, avec des travailleurs qui se défendent secteur par secteur, pays par pays. Revenir sur la règle des 3%, c’est accepter que la stabilité démocratique et sociale vaut plus que le déficit, et que l’économie européenne a besoin de travailleurs mieux payés et mieux protégés pour se relancer réellement, et pas seulement sur les tableaux d’Eurostat ou de la Commission Européenne.

Sources:

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