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Revue de presse du 12 janvier 2026 des luttes sociales en Europe : La révolte des services publics européens s’accentue

Par Yohan Taillandier
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Le début de l’année 2026 ne connaît aucune accalmie sociale. Si la première semaine de janvier a été marquée par la montée des avertissements dans les services publics européens, la deuxième semaine voit se cristalliser des conflits sectoriels majeurs, de l’Italie à la Belgique en passant par la France. Partout, les nouvelles règles budgétaires et les contraintes nationales sont perçues comme le fil rouge des tensions, même si les formes de mobilisation restent très différentes selon les pays de l’Union Européenne.​

Italie : une séquence de grèves dans les transports (9–12 janvier)

En Italie, plusieurs appels à la grève dans les transports se succédaient autour des 9 et 10 janvier 2026, créant une forte incertitude pour les voyageurs. Selon les avis publiés par l’opérateur régional Trenord, des perturbations importantes sur les liaisons régionales en Lombardie ont eu lieu causant des effets en chaînes sur les connexions nationales.​

Des alertes compilées par des plateformes d’information voyage (VisaHQ, Summer in Italy) et relayées sur les réseaux sociaux ont recensé plusieurs actions coordonnées sur la période, incluant des arrêts de travail dans le rail et des mouvements dans le transport aérien et urbain, même si toutes les catégories ne sont pas touchées de la même manière sur l’ensemble du territoire.

Les revendications portent principalement sur les salaires, le renouvellement de conventions collectives bloquées et la dégradation des conditions de travail, dans un contexte où l’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat des agents, notamment dans les grandes métropoles et les nœuds logistiques.​

France : dix jours de grève des médecins libéraux (5–15 janvier)

En France, la lutte sociale a pris la forme d’un mouvement inédit des médecins libéraux, déclenché le 5 janvier 2026 contre le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026. Radio France Internationale (RFI) rapporte que plusieurs syndicats, dont l’UFML‑S et surtout la CSMF, ont appelé à un arrêt d’activité de 10 jours, avec pour revendications principales l’abandon de certaines mesures jugées coercitives, la contestation d’une trajectoire budgétaire jugée “punitive” pour la médecine de ville et le refus de nouveaux dispositifs de contrôle numérique perçus comme une mise sous tutelle administrative.​

La CSMF, dans sa lettre du 5 janvier, évoque une mobilisation “extrêmement élevée” et estime que la très grande majorité des généralistes et spécialistes libéraux ferment leur cabinet, ce que confirment les premières estimations syndicales. Des sites d’information médicale et sociale signalent que les fermetures prolongées des cabinets de ville provoquent une tension accrue sur les services d’urgence hospitaliers et le SAMU, les patients se reportant massivement vers l’hôpital pour des soins non programmés.

Pour les organisations, l’objectif est d’illustrer que sans un financement suffisant de la médecine de premier recours, tout l’édifice du système de santé français est menacé de saturation permanente.​

Belgique : vers une grève ferroviaire de cinq jours (26–30 janvier)

En Belgique, la semaine du 6 au 11 janvier 2026 a été marquée par un durcissement du conflit social dans le rail, avec l’officialisation de préavis de grève pour la fin du mois. D’après des dépêches de VisaHQ et d’autres services d’alerte voyage, les syndicats CGSP‑Cheminots / ACOD‑Spoor et ACV‑Transcom ont annoncé une grève nationale de cinq jours, du 26 au 30 janvier 2026, qui touchera à la fois les trains de voyageurs et le fret.​

Les syndicats dénoncent en particulier un projet du gouvernement fédéral visant à supprimer le statut d’agent public pour les nouvelles recrues de la SNCB et d’Infrabel à partir de mi‑2026, ce qu’ils présentent comme une étape vers une libéralisation accrue du secteur ferroviaire. Dans leurs communiqués, ils lient explicitement cette réforme à l’application des directives européennes sur l’ouverture à la concurrence, et alertent sur un risque de dégradation des conditions de travail, de la sécurité et du service public ferroviaire, en particulier dans les zones moins rentables.​

Pour l’instant, les sources disponibles évoquent surtout une coordination interne au niveau belge et les impacts attendus sur les navetteurs, les liaisons internationales et le fret, sans confirmer l’existence d’un calendrier arrêté de “journées d’action européennes” formellement conjointes avec les syndicats français ou allemands. Toutefois, le fait que ces mouvements se développent dans des délais rapprochés renforce l’impression d’une contestation diffuse des logiques de libéralisation et de compression de coûts dans les infrastructures publiques.​

“Murs budgétaires” et crise de la résilience sociale

Au‑delà de la diversité des secteurs, ces luttes partagent un arrière‑plan commun : le retour en vigueur, des règles budgétaires européennes et la pression pour ramener les déficits publics sous contrôle après les années de suspension liées à la pandémie. Les analyses publiées dans certains médias, insistent sur un glissement du cœur des revendications : il ne s’agit plus seulement de défendre une grille salariale ou un statut, mais de remettre en cause l’architecture budgétaire qui impose des coupes dans la santé, l’éducation ou les infrastructures au nom d’objectifs chiffrés de déficit et de dette.​

Dans le rail belge comme dans la médecine libérale française ou les transports italiens, les acteurs de terrain décrivent la même spirale : pénurie chronique de personnel, intensification du travail, difficultés de recrutement et sentiment que les services publics ou essentiels ne tiennent debout qu’au prix d’un épuisement généralisé.

La nouveauté de ce début 2026 est que ces luttes ne sont plus perçues uniquement comme des crises nationales, mais de plus en plus comme des fronts différents d’un même affrontement avec un modèle de gestion européen dominé par la rentabilité, la réduction des dépenses et la mise en concurrence des services.​ Si les syndicats dénoncent une austérité, la Commission Européenne soutient de son côté que ces règles sont nécessaires pour la viabilité à long terme.

Dans ce contexte, la question qui se pose aux institutions européennes est moins de savoir si ces mobilisations vont se multiplier, que de savoir si les nouvelles règles budgétaires et les cadres réglementaires sectoriels peuvent être ajustés pour faire une place réelle aux exigences de financement des systèmes de santé, des transports publics et des services essentiels. Si les syndicats dénoncent une austérité, la Commission Européenne soutient de son côté que ces règles sont nécessaires pour la viabilité à long terme. Mais faute de réponses, le “mur budgétaire” risque de devenir le symbole d’une Europe qui manifeste et des politiques dans chaque pays de l’UE faisant la sourde oreille.

Sources :

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