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Revue de presse luttes sociales UE 09 février 2026 : Fronts sociaux et mobilisations politiques

Par Yohan Taillandier
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L’ensemble de l’Union européenne a vécu, la semaine dernière, une nouvelle séquence de tensions sociales, où les colères accumulées sur le coût de la vie, les salaires et les politiques budgétaires croisent désormais des mobilisations plus politiques contre la guerre et la dérive sécuritaire. Des ports méditerranéens aux réseaux de transport en Belgique, en passant par les services publics français, les grèves et journées d’action ont rappelé que la reprise économique reste fragile pour une grande partie du salariat.

Plusieurs mouvements ont pris une dimension transnationale, notamment autour du refus de la militarisation et du financement de la guerre en Gaza, tout en se nourrissant des réformes nationales sur les retraites, les salaires et les services publics. Dans ce contexte, les gouvernements jouent sur un fil entre fermeté budgétaire, impératifs de défense et pressions sociales, tandis que les syndicats cherchent à coordonner davantage leurs actions au‑delà des frontières. Vous pouvez aussi explorer ici notre revue de presse sur les luttes et mobilisations sociales au sein de l’Union Européenne les semaines précédentes.

Luttes sociales et mobilisation en Europe du Sud

Italie

Pour le site militant « Groundxero », qui relaye les voix syndicales de la région, l’article « Dockworkers Mobilise in Strike Actions Across Mediterranean Ports » décrit comment les dockers italiens se sont joints vendredi dernier à une journée de grève coordonnée dans plus de vingt ports méditerranéens. Le texte explique qu’à Gênes, Livourne et Trieste, les travailleurs portuaires, appuyés par le syndicat Unione Sindacale di Base (USB) et des collectifs étudiants, ont cessé le travail pour empêcher le chargement de navires liés à des livraisons d’armes, en dénonçant la participation de l’Italie et de l’UE au réarmement et au conflit à Gaza.

Les syndicats parlent d’un « mois de février de lutte » contre la militarisation des ports et l’augmentation des dépenses de défense alors que les budgets sociaux restent sous pression. Selon Groundxero, plusieurs centaines de dockers ont participé aux arrêts de travail dans chaque grand port, avec des cortèges rassemblant plusieurs milliers de personnes en soirée, mêlant slogans pour le cessez‑le‑feu, dénonciation de la précarité dans la logistique et refus de voir les ports transformés en infrastructures militaires permanentes.

​Toujours en Italie, pour la chaîne d’information Euronews, l’article « Milan protesters rally against “unsustainable” Winter Olympics » raconte comment plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dernier dans le centre de Milan contre les Jeux d’hiver de 2026, jugés économiquement et écologiquement « insoutenables ». Le texte décrit un cortège rassemblant collectifs écologistes, comités de quartier et syndicats de base, dénonçant le coût public des infrastructures, les expulsions et la spéculation immobilière autour du village olympique, ainsi que l’impact environnemental des aménagements en montagne.

Selon Euronews, la manifestation a dégénéré en heurts près d’un site olympique : la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau, plusieurs vitrines ont été endommagées et une trentaine de personnes ont été interpellées, ce que les organisateurs attribuent à une stratégie de maintien de l’ordre agressive visant à dissuader toute contestation visible pendant les Jeux.

Ces mobilisations s’inscrivent dans un climat politique plus tendu encore, où les opposants ciblent non seulement le coût social des JO, mais aussi la présence d’agents d’ICE et les liens sécuritaires avec les États‑Unis et Israël. Certains médias rapportent des slogans liant refus des Jeux, dénonciation des violences aux frontières et solidarité avec la Palestine, tandis que la Première ministre Giorgia Meloni a condamné des « ennemis de l’Italie » après que des câbles ferroviaires ont été endommagés près de Bologne, faits désormais enquêtés comme possibles actes terroristes.

Sur le terrain social, ces tensions se combinent avec une grève régionale des cheminots à Milan et en Lombardie les 2–3 février, décrite par Travel Tomorrow et Reuters comme une menace directe pour la logistique des Jeux, avec des annulations et retards importants sur les lignes régionales et les dessertes de l’aéroport, à l’initiative du syndicat ORSA Ferrovie qui dénonce sous‑effectifs, horaires dégradés et absence de partage des bénéfices générés par l’événement.

Espagne

Le même article de Groundxero souligne que des ports espagnols notamment Valence, Barcelone et Algesiras ont également participé à cette journée de mobilisation, avec des actions allant de la grève partielle à des blocages symboliques de terminaux. Pour le média, ces actions prolongent plusieurs mois de campagnes menées par les collectifs de dockers contre l’utilisation de leurs infrastructures pour des opérations militaires, dans un pays où le chômage des jeunes reste élevé et où les syndicats dénoncent un « double standard » entre rigueur budgétaire sociale et moyens débloqués pour la défense.

Les syndicats de dockers espagnols ont coordonné leurs mots d’ordre avec leurs homologues italiens et grecs, mettant en avant le mot d’ordre « We Don’t Work for War – Nous ne travaillons pas pour la guerre » afin de relier revendications professionnelles (statut, salaires, sécurité) et exigence de transparence sur les cargaisons militaires transitant par les ports. Groundxero note que ces mobilisations restent minoritaires en nombre de jours de travail perdus, mais qu’elles ont un impact politique disproportionné, en obligeant les autorités portuaires et les gouvernements à répondre publiquement sur la destination des navires et le contenu des cargaisons.

Luttes sociales et mobilisation en Europe de l’Ouest

Belgique

Pour le site d’alertes de voyage VisaHQ, l’article « Nation‑wide interprofessional strikes confirmed for 5, 10 and 12 February » décrit comment la Belgique est entrée, jeudi dernier, dans une séquence de grèves interprofessionnelles successives convoquées par le « front commun » – FGTB/ABVV, CSC/ACV et CGSLB/ACLVB – contre les réformes socio‑économiques du gouvernement fédéral. Le texte rappelle qu’une première journée d’action a eu lieu le jeudi 5 février, avec des perturbations importantes dans les transports publics, l’enseignement et plusieurs secteurs privés, en réaction à un paquet de mesures comprenant relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans, maintien d’un « saut d’index » qui comprime les salaires réels et un plan d’économies budgétaires de 10 milliards d’euros.

Selon VisaHQ, les syndicats espéraient reproduire l’ampleur des mobilisations de 2025, évaluées à quelque 150 millions d’euros de pertes de productivité par jour, et menacent déjà de prolonger les actions en mars si le gouvernement ne recule pas. Le site souligne que si la SNCB a pu limiter l’ampleur de la grève ferroviaire pour des raisons juridiques, les réseaux de bus et de tram, ainsi que de nombreux établissements scolaires, ont connu des perturbations jugées « très sévères » par l’opérateur De Lijn, signe d’un ras‑le‑bol plus large face à l’érosion du pouvoir d’achat dans un pays encore marqué par une inflation élevée en 2023‑2024.

France

Le site anglophone The Connexion a publié, mercredi dernier, un article de synthèse sur « Strikes and protests in February 2026 and how you may be impacted », qui recense les mouvements sociaux prévus ou en cours en France et en analyse l’impact sur les usagers. L’article insiste sur le fait que février s’annonce comme un « mois chargé » pour les services publics, citant notamment des actions dans les musées (dont le Louvre), des perturbations dans les transports locaux comme au Mans, ainsi que des mouvements dans les services des finances publiques.

The Connexion rappelle que ces grèves prolongent une séquence de contestation sur les salaires, les effectifs et la dégradation des conditions de travail, dans un contexte où l’inflation, bien qu’en ralentissement, a entamé durablement le pouvoir d’achat des ménages modestes. Le site note que les syndicats cherchent à coordonner certaines de ces actions avec des revendications plus larges sur la politique budgétaire nationale et les contraintes européennes, sans toutefois que cela ne débouche, pour l’instant, sur une grève interprofessionnelle unifiée à l’échelle du pays.

Luttes sociales et mobilisation en Europe de l’Est

Une colère sociale sous‑jacente

Les principales mobilisations visibles de la semaine dernière ne se sont pas concentrées en Europe de l’Est, mais plusieurs sources syndicales et revues de presse récentes rappellent que la région reste travaillée par des mouvements sociaux de fond. Le calendrier d’actions de la Confédération européenne des syndicats (CES), mis à jour au cours des derniers mois, fait apparaître une succession de mobilisations en Bulgarie, Pologne ou Lituanie sur la hausse des prix de l’énergie, les bas salaires et l’affaiblissement des services publics, qui structurent encore le paysage social au début de 2026.

Si ces mobilisations n’ont pas donné lieu, la semaine dernière, à des journées d’action massives comparables à celles observées en Belgique ou dans les ports méditerranéens, elles constituent l’arrière‑plan d’un malaise social persistant, dans des pays où l’inflation des deux dernières années a parfois dépassé 10% et où les syndicats peinent à obtenir des hausses de salaires à la hauteur des pertes de pouvoir d’achat. Pour les acteurs de la région, la montée des dépenses militaires et les demandes de « discipline budgétaire » venant de Bruxelles risquent, dans les mois à venir, d’alimenter de nouvelles vagues de protestation si aucune réponse n’est apportée sur les revenus, le logement et les infrastructures publiques.

Sources

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