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Réforme PAC 2025 au Parlement européen : un tournant vert pour l’agriculture

Par Yohan Taillandier
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Le 14 juillet 2025, une étape décisive a été franchie avec la réforme PAC 2025 au Parlement européen, marquant un tournant dans la politique agricole européenne pour la période 2028-2034. Le vote portait sur une série de mesures ambitieuses visant à verdir la PAC : aides agricoles plafonnées, critères sociaux et environnementaux renforcés, et fusion des deux piliers budgétaires historiques. Ce texte, adopté à une large majorité, ouvre la voie à des négociations complexes avec le Conseil de l’UE et la Commission.

Réforme PAC 2025 au Parlement européen : une étape cruciale avant les négociations

Le texte soutenu par la commission de l’agriculture prévoit un plafonnement des aides à 100 000 euros par agriculteur, avec une dégressivité progressive dès 20 000 euros. Les grandes exploitations, souvent moins vertueuses sur le plan environnemental, verront donc leurs aides diminuer à partir de ce seuil. À l’inverse, les petites fermes, les jeunes agriculteurs, les femmes et les zones à contraintes bénéficieront d’aides différenciées et mieux ciblées.

Autre rupture majeure : la fusion des deux piliers de la PAC en un fonds unique, afin de simplifier les règles et favoriser une approche intégrée des enjeux agricoles, économiques et climatiques.

Ce vote marque un tournant dans la vision européenne de l’agriculture. Il s’inscrit dans les objectifs du Pacte vert pour l’Europe et cherche à aligner la politique agricole sur les engagements climatiques à l’horizon 2030 et 2050.

Un texte soutenu… mais vivement contesté

Malgré le soutien d’une majorité de groupes parlementaires, cette réforme suscite de vives critiques. La FNSEA, principal syndicat agricole français, dénonce un budget « en chute libre », passant de 387 milliards d’euros sur 2021-2027 à environ 300 milliards pour 2028-2034. Elle y voit un « sabordage » des ambitions économiques de la PAC au profit d’une écologie de contraintes.

La ministre française de l’Agriculture a également exprimé ses réserves, estimant que le texte menace la sécurité alimentaire européenne en affaiblissant la compétitivité des exploitations françaises. Elle a appelé à une approche plus équilibrée entre transition écologique et production agricole.

Verdissement, transition et justice sociale

La réforme entend réorienter les aides vers des pratiques agricoles durables : réduction de l’usage des pesticides, prévention de la déforestation, soutien à la biodiversité, développement de la transition agroécologique. Ces exigences environnementales s’accompagnent d’un effort de justice sociale avec des mesures incitatives pour les jeunes, les femmes et les zones rurales fragilisées.

Il ne s’agit pas d’une simple redistribution technique, mais bien d’une redéfinition des priorités agricoles européennes : vers une agriculture plus résiliente, moins dépendante des intrants, et socialement plus équitable.

La fusion des piliers PAC – aujourd’hui séparés entre paiements directs et développement rural – divise les syndicats. Si certains y voient une simplification bienvenue, d’autres redoutent une perte de lisibilité et une centralisation excessive des moyens, au détriment de la souveraineté alimentaire.

Le débat touche également à la nature des indicateurs retenus : les critères environnementaux sont jugés flous par une partie des parlementaires conservateurs, tandis que les ONG environnementales estiment qu’ils ne vont pas assez loin. Le Parlement européen devra arbitrer entre ces pressions contradictoires lors des négociations interinstitutionnelles.

Prochaines étapes décisives sur la réforme Pac 2025

Le vote du 14 juillet n’est qu’une étape intermédiaire. Les discussions à venir avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE seront cruciales pour finaliser le texte d’ici fin 2025. Ce calendrier est impératif pour permettre aux États membres de rédiger et valider leurs Plans Stratégiques Nationaux avant l’entrée en vigueur de la nouvelle PAC en 2028.

Ce débat reflète un conflit de visions au sein de l’Europe : produire toujours plus à moindre coût, ou bien produire autrement pour préserver les écosystèmes et soutenir les agricultures locales. Le Parlement européen a, en juillet 2025, choisi la seconde voie. Reste à voir si elle survivra aux pressions des États membres les plus réticents.

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