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Institutions européennes 26 janvier 2026 : entre plénière chargée, bras de fer sur Mercosur et serrage de vis budgétaire

Par Yohan Taillandier
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Parlement européen : une plénière chargée à Strasbourg

Du 19 au 22 janvier 2026, le Parlement européen s’est réuni en plénière à Strasbourg pour sa première session de l’année. Selon la note « The Week Ahead 19–25 January 2026 » publiée par le service de presse du Parlement, les député·es ont débattu des conclusions du Conseil européen de décembre, de la guerre en Ukraine, de la relation UE–États‑Unis et des priorités de la nouvelle présidence chypriote du Conseil.

L’un des dossiers les plus sensibles a été le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine pour 2026–2027, dans le cadre du mécanisme d’“Ukraine Support Loan” adossé à l’Ukraine Facility. Les eurodéputé·es ont d’abord voté sur la procédure d’adoption en coopération renforcée entre 24 États membres, puis sur le règlement lui‑même, en mettant en avant la nécessité de soutenir Kyiv tout en préservant la soutenabilité des finances publiques des pays de l’UE.

Le débat a été marqué par des interrogations sur l’impact de cet engagement financier sur les marges restantes pour financer les services publics, les hausses de salaires et l’investissement social au sein de l’UE.

Autre moment fort : la décision de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur l’accord UE–Mercosur. Mercredi 21 janvier, les députés ont adopté une résolution demandant un avis juridique sur la compatibilité de l’accord avec les traités de l’UE, notamment en matière de partage des compétences et de respect des normes sociales et environnementales. Ce vote n’a pas annulé l’accord, mais il a plongé sa ratification dans l’incertitude, en obligeant à attendre la réponse de la Cour avant toute avancée.

Enfin, la plénière a aussi été marquée par un débat sur l’usage abusif de l’intelligence artificielle et des deepfakes en politique, dans le cadre du suivi des lois numériques européennes. Les eurodéputé·es ont interpellé la Commission sur les moyens de contraindre les grandes plateformes à mieux modérer les contenus trompeurs et à protéger les élections contre la manipulation en ligne.

Relations extérieures : Ukraine, États‑Unis, Moyen‑Orient

En matière de politique étrangère, le Parlement a adopté plusieurs rapports et résolutions sur la sécurité européenne. D’après la note de synthèse de l’EP Think Tank sur la session de janvier, les eurodéputé·es ont approuvé les rapports annuels sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et sur la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), qui identifient la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine comme la principale menace pour l’UE. Les textes appellent à maintenir un soutien militaire, économique et humanitaire fort à l’Ukraine, tout en renforçant les capacités de défense européennes et la coopération avec l’OTAN.

Parallèlement, les députés ont débattu d’un rapport sur les relations UE–États‑Unis, avec l’idée que l’Union doit développer davantage sa “capacité d’action autonome” tout en restant alliée de Washington. Le texte insiste sur la nécessité de coopérer avec les États‑Unis sur le climat, le numérique et la régulation des grandes entreprises technologiques, sans devenir dépendant des choix américains.

Sur le front du Moyen‑Orient, le Conseil de l’UE a prolongé pour un an les sanctions visant le Hamas et le Jihad islamique palestinien, mesures qui avaient été mises en place au titre de la lutte contre le terrorisme. Cette décision a été annoncée dans une note relative aux relations extérieures qui recense aussi une déclaration de l’UE condamnant la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie.

Conseil de l’UE : finances publiques et semestre européen

Du côté du Conseil de l’Union européenne, la période du 19 au 25 janvier a été dominée par l’ECOFIN du 20 janvier 2026, qui a réuni les ministres des Finances sous présidence chypriote. Selon le “Forward look 12–25 January 2026”, le Conseil a approuvé les conclusions sur le rapport 2026 sur le mécanisme d’alerte, dans le cadre du semestre européen. Les ministres ont aussi été invités à adopter une décision et une recommandation au titre de la procédure de déficit excessif, pour les États dont les comptes publics dépassent encore nettement les bornes européennes.

Même si ces discussions sont très techniques, elles ont des conséquences directes sur les politiques nationales : elles orientent les budgets 2026–2027 vers des trajectoires de consolidation, avec des marges limitées pour les dépenses sociales, les salaires publics ou l’investissement dans les services publics. C’est ce cadre qui vient ensuite contraindre les gouvernements lorsqu’ils négocient avec les syndicats ou lancent des réformes structurelles.

Sur le plan commercial, le Conseil avait déjà, le 9 janvier, donné son feu vert à la signature de l’accord UE–Mercosur. Cette décision a été saluée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, comme un signal fort en faveur de la compétitivité européenne et de la “diversification” des échanges. Mais la décision du Parlement de saisir la CJUE a, de fait, ralenti la suite du processus, créant une tension visible entre institutions.

Commission européenne : numérique, climat et Schengen

La Commission européenne a, elle aussi, été active sur plusieurs fronts au cours de cette semaine. D’après le bulletin “Europe Daily News” du cabinet Mayer Brown, la Commission a lancé une consultation sur l’initiative d’observation des océans, mis à jour certaines règles du registre de l’Union pour le partage de l’effort climatique et l’utilisation des terres, et avancé sur plusieurs actes délégués liés au marché carbone (ETS).

Sur le volet migratoire et Schengen, le point presse de mi‑journée de la Commission du 19 janvier a été largement consacré au système d’entrée/sortie (EES) et à son impact sur les travailleurs des Balkans occidentaux. Interrogés par les journalistes, les porte‑parole ont précisé que le nouveau système serait appliqué “de manière progressive”, en tenant compte des besoins des travailleurs frontaliers et des chauffeurs routiers, mais sans revenir sur le principe de base : systématiser l’enregistrement des entrées et sorties des ressortissants de pays tiers aux frontières extérieures de Schengen.

Dans le domaine numérique, plusieurs synthèses de presse, comme le TNW Weekly Briefing pour la période du 19 au 25 janvier, ont souligné le lancement de l’initiative dite “EU Inc”, visant à réduire la dépendance européenne envers les grandes entreprises technologiques américaines. L’idée, portée par la Commission et certains États membres, est de structurer un écosystème européen autour du cloud, de l’IA et des infrastructures numériques, dans le prolongement du Data Act, de l’AI Act et du Digital Markets Act.

Et la semaine à venir ? Commissions, Conseil et suivi politique

Pour la période du 26 au 30 janvier 2026, plusieurs rendez‑vous institutionnels importants sont déjà inscrits à l’agenda. Du côté du Parlement, la plénière de Strasbourg étant terminée, les eurodéputé·es poursuivront leur travail en commissions à Bruxelles, avec au programme : crise du logement, santé, transports, climat et droits sociaux. Ces réunions permettront de préparer les prochains rapports et votes, notamment sur la transition écologique, la protection des travailleurs et la régulation des grandes plateformes.

Le Conseil de l’UE réunira de nouveau les ministres de l’Agriculture et de la Pêche (AGRIFISH) le 26 janvier, pour discuter d’agriculture biologique et de bio‑économie, puis les ministres des Finances (ECOFIN) poursuivront en fin de mois les discussions sur la coordination des politiques budgétaires sous les nouvelles règles européennes. Enfin, les services de la Commission continueront à détailler la mise en œuvre des textes adoptés en plénière – qu’il s’agisse du prêt à l’Ukraine, du suivi des lois numériques ou de la préparation de la saisine de la CJUE sur Mercosur.

Cette articulation entre plénière passée (19–22 janvier) et agenda à venir (26–30 janvier) montre bien le cœur du travail des institutions : une succession de décisions politiques, de négociations techniques et de mises en œuvre concrètes, qui finissent par toucher directement les luttes sociales, l’économie et les droits démocratiques dans les États membres.


Sources

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