ACTUALITES Élections européennes 2029 : vers un Parlement européen beaucoup plus polarisé ? Par Yohan Taillandier août 19, 2026 Par Yohan Taillandier août 19, 2026 0 Commentaires Partager 0FacebookTwitterPinterestLinkedinTumblrVKOdnoklassnikiRedditStumbleuponWhatsappTelegramLINECopy LinkPocketSkypeViberThreadsBlueskyFlipboardEmail 109 359 sièges. Deux de moins que la majorité absolue! À trois ans des élections européennes de 2029, le bloc central constitué par le PPE, les sociaux-démocrates et Renew, qui structurent une grande partie des majorités européennes, ne disposeraient plus à eux seuls de la majorité absolue. La projection publiée par Europe Elects* le 6 août dernier, dessine un hémicycle plus fragmenté et plus polarisé que jamais. L’extrême droite et les droites radicales progressent fortement, tandis que The Left, le groupe de la gauche radicale européenne, connaît une poussée spectaculaire. Dans le même temps, les forces qui structurent depuis des années les principales majorités européennes reculent. Trois ans avant une élection, rien n’est évidemment joué. Les équilibres politiques peuvent encore être bouleversés par des élections nationales, une crise économique ou internationale, l’émergence de nouvelles formations ou l’effondrement de partis aujourd’hui dominants. Mais cette projection offre néanmoins une photographie particulièrement intéressante des rapports de force actuels. Il ne s’agit pas d’une prévision du résultat de 2029, mais d’un nowcast, autrement dit d’une estimation de ce que donneraient les élections européennes si elles avaient lieu à la date de la publication. Un Parlement européen qui se polarise La projection du 6 août place toujours largement en tête le Parti populaire européen (PPE), principale force de la droite conservatrice européenne, avec 173 sièges. Le groupe perdrait néanmoins 15 élus par rapport aux élections européennes de 2024. Derrière lui, le groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) tomberait de 136 à 118 sièges. Le groupe Renew Europe, qui rassemble les forces libérales et centristes, reculerait lui aussi, passant de 77 à 68 sièges. Les Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) passeraient de 53 à 39 sièges, The Left (gauche radicale) progresserait fortement pour atteindre 65 sièges. À leurs côtés, d’autres forces suivent une trajectoire inverse. Les Patriotes pour l’Europe atteindraient 96 sièges, Conservateurs et Réformistes (ECR) 81, Europe des Nations Souveraines (ESN) 44. Le mouvement général est donc double. Une partie importante de la droite nationaliste et de l’extrême droite continue sa progression, tandis qu’à gauche The Left se renforce considérablement. Dans le même temps, les quatre familles qui occupent traditionnellement une place centrale dans les compromis européens, PPE, S&D, Renew et Verts, perdent toutes des sièges. Le Parlement projeté n’est donc pas simplement plus à droite. Il apparaît aussi plus fragmenté et davantage polarisé. L’extrême droite progresse, malgré la chute d’Orbán La progression des Patriotes pour l’Europe mérite une attention particulière. Le groupe passerait de 84 sièges au début de la législature à 96 députés dans la projection d’Europe Elects du 6 août 2026. Cette hausse peut sembler paradoxale. Viktor Orbán, qui avait joué un rôle central dans la création des Patriotes en 2024, a subi quelques mois plus tôt une défaite historique en Hongrie. Lors des élections législatives du 12 avril 2026, le parti Tisza de Péter Magyar a mis fin à seize années de pouvoir du Fidesz. Le décompte final a donné 141 sièges à Tisza contre seulement 52 au Fidesz-KDNP. Mais les Patriotes sont une famille politique européenne : le recul d’un de leurs membres peut être compensé par les progressions enregistrées dans d’autres États. Au 6 août 2026, plusieurs formations appartenant au groupe bénéficient ainsi de dynamiques favorables, notamment le FPÖ en Autriche, Chega au Portugal, ANO en Tchéquie ou encore le Rassemblement national en France. La progression des Patriotes ne correspond donc pas à une vague uniforme. Elle résulte de rapports de force nationaux très différents. Orbán s’est lourdement affaibli en Hongrie, mais cette perte est donc compensée par la montée d’autres partis de la même famille politique ailleurs en Europe. C’est précisément ce jeu de compensations qui permet aux Patriotes de progresser malgré la défaite de l’un de leurs principaux fondateurs. À leur droite, Europe des nations souveraines (ESN) connaîtrait également une forte progression, jusqu’à 44 sièges. ECR, groupe national-conservateur plus hétérogène et situé entre le PPE et ces formations d’extrême droite, progresserait plus légèrement à 81 élus. 359 sièges, le chiffre qui pourrait tout changer Parmi tous les chiffres de cette projection, 359 est probablement le plus important politiquement. PPE, S&D et Renew totaliseraient respectivement 173, 118 et 68 sièges. Ensemble, ils atteindraient donc 359 députés européens. Or la majorité absolue dans l’actuel Parlement avec 720 membres est fixée à 361 sièges. Plus que tout autre parlement, les majorités au Parlement Européen changent régulièrement en fonction des textes. Ils représentent néanmoins depuis plusieurs législatures le cœur autour duquel se sont construits de nombreux compromis européens. Dans cette projection, cette coalition ne pourrait plus disposer d’une majorité absolue. Pour certaines décisions, il pourrait avoir besoin des Verts. Sur d’autres textes, une coopération avec ECR ou d’autres formations de droite pourrait devenir déterminante. À gauche, The Left progresse pendant que S&D et Verts reculent L’autre évolution majeure se déroule à gauche. The Left passerait de 46 à 65 sièges, soit 19 députés supplémentaires par rapport à la législature 2024/2029. Dans le même temps, le groupe Renew Europe reculerait. L’écart entre les deux groupes, qui était de 31 députés lors de la dernières mandature, ne serait plus que de trois sièges. Cette progression n’annonce pourtant pas une vague générale de gauche, bien au contraire. Le groupe Socialste & Democrates perdrait 18 députés pour tomber à 118, tandis que les Verts/ALE reculeraient de 14 sièges pour n’en conserver que 39. La photographie d’Europe Elects dessine donc plutôt une transformation des rapports de force internes à la gauche européenne. Sa composante radicale progresse fortement au moment où sociaux-démocrates et écologistes s’affaiblissent. La dynamique était déjà visible auparavant. L’année dernière, un an après l’élection européenne, Europe Elects constatait déjà que The Left était passé de 45 élus à une projection de 58 sièges, après plusieurs mois de progression. Le mouvement observé en août 2026 prolonge donc une tendance déjà installée. Au total, les trois principales familles de gauche (S&D, Verts/ALE et The Left) passeraient de 235 sièges au début de la législature 2024-2029 à 222 dans la projection du 6 août 2026. La gauche européenne perdrait donc 13 sièges au total. La forte progression de The Left ne suffirait ainsi pas à compenser le recul cumulé des sociaux-démocrates et des écologistes. France, Allemagne, Italie, Espagne, quatre rapports de force décisifs Les quatre plus grands pays de l’Union permettent de comprendre une partie de cette recomposition. En Allemagne, la polarisation est spectaculaire. L’AfD atteint 27,7 % dans la tendance actuelle, devant la CDU-CSU à 21,5 % . Mais Die Linke est également remontée à 11,4 %, presque au niveau du SPD, crédité de 12,2 %. L’Allemagne nourrit donc simultanément la progression d’ESN et celle de The Left. En France, les données doivent être interprétées avec davantage de prudence puisque Europe Elects utilise les sondages législatifs ou présidentiels lorsqu’aucun sondage européen récent n’est disponible. La tendance nationale place actuellement le RN autour de 35 %, devant les autres forces politiques. La France pourrait donc rester l’un des principaux réservoirs de sièges des Patriotes en 2029. En Italie, Fratelli d’Italia domine toujours les intentions de vote avec 27,1 %, devant le Parti démocrate à 21,3 % et le Mouvement 5 étoiles à 12,7 %. Trois forces qui alimentent trois familles européennes différentes, ECR, S&D et The Left. Enfin, en Espagne, un sondage SocioMétrica publié le 6 août donne le PP à 33,8 %, le PSOE à 26 % et Vox à 17 %. Sumar tombe à 5,9 % et Podemos à 2,7 %. Là encore, la progression de la droite radicale s’accompagne d’un affaiblissement et d’une fragmentation d’une partie de la gauche. Quelles conséquences pour le Parlement européen en 2029 ? Le PPE pourrait devenir encore davantage l’arbitre du Parlement Si le PPE, le S&D et Renew ne disposent plus ensemble de la majorité absolue, la recherche de coalitions deviendrait encore plus déterminante. Avec 173 sièges dans la projection d’Europe Elects, le PPE resterait de très loin le premier groupe du Parlement et occuperait une position centrale dans presque toutes les combinaisons majoritaires possibles. Sur certains textes, notamment institutionnels, budgétaires ou concernant les droits fondamentaux, le PPE pourrait continuer à rechercher des compromis avec le S&D, Renew et éventuellement les Verts. Mais sur d’autres dossiers, en particulier les migrations, l’agriculture, certaines normes environnementales ou la compétitivité des entreprises, une majorité associant le PPE à ECR et à d’autres forces de droite pourrait devenir politiquement plus attractive. Cette situation accentuerait une évolution déjà visible durant la législature actuelle. Il n’existerait plus une majorité européenne relativement stable, mais plusieurs majorités possibles selon les textes. Le véritable rapport de force ne se jouerait donc plus seulement entre gauche et droite, mais autour de la question de savoir dans quelle direction le PPE choisirait de construire ses compromis. L’élection de la prochaine présidence de la Commission européenne constituerait un premier test majeur. Avec seulement 359 sièges cumulés pour PPE, S&D et Renew dans cette projection, ces trois groupes ne disposeraient même plus théoriquement des 361 voix nécessaires. Il faudrait donc élargir la majorité, probablement vers les Verts ou vers d’autres composantes de l’hémicycle, tout en tenant compte des défections toujours possibles lors d’un vote à bulletin secret. Green Deal, migrations, commerce : des votes capables de modifier la trajectoire de l’Union Ces nouveaux équilibres ne changeraient donc pas seulement l’arithmétique parlementaire. Ils pourraient infléchir directement l’orientation politique de l’Union européenne. Sur le Green Deal, l’enjeu ne serait probablement pas son démantèlement pur et simple, mais plutôt le rythme et l’ambition de ses prochaines étapes. Une droite plus forte pourrait pousser à repousser certaines échéances, multiplier les exemptions ou conditionner davantage les normes environnementales à leur impact sur la compétitivité, l’industrie et l’agriculture. À l’inverse, une majorité construite avec les Verts et la gauche chercherait davantage à maintenir les objectifs climatiques et à renforcer leur accompagnement social. Les migrations constitueraient sans doute l’un des terrains où le basculement serait le plus visible. La mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l’asile, les procédures de retour, les accords avec les pays tiers ou encore les conditions d’accueil pourraient faire l’objet de majorités nettement plus restrictives si le PPE choisissait de travailler plus régulièrement avec ECR et une partie des droites radicales. Les accords commerciaux seraient également concernés. Le Parlement doit donner son consentement aux grands accords de libre-échange. Une assemblée plus fragmentée pourrait compliquer la construction de majorités autour d’accords comme ceux conclus avec le Mercosur ou de futurs partenaires, avec des lignes de fracture entre défense des agriculteurs européens, exigences environnementales, ouverture commerciale et protection de l’industrie. Enfin, ces rapports de force pèseraient aussi sur le budget européen, les politiques sociales, la réglementation des entreprises ou encore l’approfondissement de certaines politiques communes. La question de 2029 ne sera donc pas seulement de savoir quel groupe gagnera quelques dizaines de sièges supplémentaires. Elle sera de savoir quelle majorité sera capable de se former, autour de quel pivot politique et surtout pour mener quelle politique européenne. *Europe Elects utilise les sondages publiés au cours des 90 derniers jours, privilégie les enquêtes portant directement sur les européennes lorsqu’elles existent et recourt, à défaut, aux intentions de vote nationales. Les résultats sont ensuite convertis en sièges en tenant compte des règles électorales propres à chaque pays. Sources: Europe Elects, “European Parliament projection” – Projection utilisée pour les rapports de force au Parlement européen et la méthodologie du nowcast. https://europeelects.eu/ep2029/ Parlement européen, “The political groups” – Pour les noms officiels des groupes politiques du Parlement européen. https://www.europarl.europa.eu/about-parliament/en/organisation-and-rules/organisation/political-groups Parlement européen, European Parliamentary Research Service (EPRS) – “Role and election of the President of the European Commission”https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/EPRS_BRI%282024%29762359 Reuters, “Magyar’s parliamentary majority in Hungary increases after final count” – https://www.reuters.com/world/magyars-parliamentary-majority-hungary-increases-after-final-count-2026-04-18/ Parlement européen, “Overview – Ordinary legislative procedure” – Pour le fonctionnement des majorités au Parlement européen et les cas dans lesquels la majorité absolue des membres est requise. https://www.europarl.europa.eu/olp/en/ordinary-legislative-procedure/overview Partager 0 FacebookTwitterPinterestLinkedinTumblrVKOdnoklassnikiRedditStumbleuponWhatsappTelegramLINECopy LinkPocketSkypeViberThreadsBlueskyFlipboardEmail Yohan Taillandier Yohan Taillandier – Expert en Droit du Travail Européen et Journaliste engagé Spécialiste des enjeux sociaux et institutionnels, Yohan Taillandier décrypte la complexité des politiques européennes à travers le prisme des réalités de terrain et de la rigueur juridique. Expertise et Double Formation : Diplômé d’un Master 1 en Sciences Économiques et d’un Master 2 en Droit du Travail Européen et Sciences du Travail (Toulouse), il possède une vision transversale des mécanismes de l'Union. Cette double compétence lui permet d'analyser avec précision l'impact économique des législations bruxelloises sur le quotidien des citoyens. Un parcours forgé par l'expérience : Ancien correspondant de presse à L'Action Républicaine et fondateur du syndicat CGT des livreurs ubérisés de Toulouse, il a porté ce combat jusqu'au Parlement européen pour la directive "Plateformes". Journaliste radio pour Radio Mon Païs de 2021 à 2025, il met aujourd'hui son savoir-faire au service de son propre média numérique. Sa Vision : « L'Europe ne doit plus être une boîte noire gouvernée par 20 000 lobbies. » Face à une démocratie chancelante, il s'attache à rendre visible le travail des députés et l'impact des directives européennes. 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