ACTUALITES Mercosur, Ukraine et social : le bilan de la session du Parlement européen de janvier 2026 Par Yohan Taillandier janvier 27, 2026 Par Yohan Taillandier janvier 27, 2026 0 Commentaires Partager 0FacebookTwitterPinterestTumblrVKOdnoklassnikiStumbleuponLINEPocketViberThreadsBlueskyEmail 253 Bilan session parlement européen janvier 2026 : à Strasbourg, les députés ont nettement compliqué la route de l’accord UE–Mercosur en saisissant la Cour de justice, tout en renforçant l’Europe sociale avec les droits des passagers. Ils ont aussi validé un nouveau mécanisme d’aide à l’Ukraine et multiplié les débats sur la démocratie et les droits humains. Sans effacer l’influence des lobbies dans l’hémicycle, cette semaine a montré un Parlement européen capable, sur plusieurs dossiers clés, de s’écarter de la ligne Commission–gouvernements pour défendre davantage les intérêts des citoyens de l’UE. Pourquoi le Parlement Européen a décidé de bloquer l’accord UE-Mercosur ? La session plénière à Strasbourg restera comme celle où le Parlement européen a décidé de freiner brutalement l’accord de libre‑échange UE–Mercosur. En demandant un avis à la Cour de justice de l’UE sur la compatibilité juridique de cet accord avec les traités, les eurodéputé·es ont choisi de judiciariser un débat très politique : agriculture, climat, souveraineté démocratique. Concrètement, la Cour de justice de l’UE est la plus haute juridiction de l’Union : tant qu’elle n’a pas rendu son avis, le Parlement ne ratifie pas l’accord, ce qui bloque toute entrée en vigueur complète. Cette demande d’avis suspend de facto l’avancée de l’accord pour des mois, voire des années, et envoie un signal clair aux gouvernements et à la Commission. Mais cette dernière pourrait encore tenter de faire appliquer provisoirement certaines parties de l’accord, comme le permet le droit commercial européen, mais ce serait politiquement explosif au vu du vote du Parlement Européen. Le scrutin a été extrêmement serré : 334 voix pour la saisine de la Cour, 324 contre, 11 abstentions. Derrière ces chiffres, on retrouve une fracture nette : d’un côté, des groupes conservateurs et libéraux qui présentent l’accord comme un « levier géopolitique » face à la Chine ; de l’autre, une coalition plus hétéroclite – gauche, Verts, une partie des sociaux‑démocrates, mais aussi des élus de droite sensibles à la colère paysanne. S’y ajoute une fracture nationale : la délégation française s’est très largement prononcée pour la saisine, y compris à contre‑courant des consignes ou des traditions de certains groupes politiques. Ce vote montre qu’une partie du Parlement refuse de laisser les accords commerciaux s’imposer sans contrôle démocratique ni garanties sociales. Aide à l’Ukraine : comment le Parlement Européen va-t-il financer le nouveau prêt commun ? Autre temps fort de la session : la poursuite du soutien financier à l’Ukraine. Après deux ans de guerre, l’Union européenne tente de stabiliser un cadre d’aide plus prévisible, moins dépendant des coups de menton des capitales et des blocages budgétaires. Les eurodéputé·es ont validé le principe d’un nouveau mécanisme de prêt à l’Ukraine, garanti par le budget européen et appuyé sur un emprunt commun. En clair : l’UE emprunte sur les marchés à long terme, à un taux souvent meilleur que celui de la plupart des États, puis prête à Kyiv, qui ne commencera à rembourser que lorsque la situation le permettra et que la Russie aura commencé à payer des réparations. Ce choix prolonge la logique déjà utilisée pendant la pandémie et après l’invasion de 2022 : mutualiser une partie de l’effort pour éviter que les États les plus fragiles soient les premiers à lâcher. Il ouvre aussi un débat sensible sur l’usage des avoirs russes gelés et sur la hiérarchie des priorités budgétaires : quelle part pour l’aide militaire, quelle part pour la reconstruction des infrastructures, quelle part pour l’accueil et l’accompagnement des réfugiés dans l’UE ? Motion de censure rejetée contre Ursula von der Leyen La session de Strasbourg a également été marquée par une nouvelle motion de censure contre la Commission européenne, déposée par l’extrême droite et une partie des souverainistes. Officiellement, cette motion visait à sanctionner Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne pour sa gestion de l’accord UE–Mercosur et des politiques commerciales. En réalité, la séquence a surtout servi de tribune à ces forces pour occuper l’espace médiatique et tester leurs lignes d’attaque contre l’exécutif européen : critique du libre‑échange, dénonciation de la Commission non élue, discours identitaires. La motion a été rejetée par une large majorité du Parlement Européen, très loin du seuil des deux tiers nécessaire pour renverser la Commission. La plupart des groupes, y compris des forces très critiques sur l’Accord UE-Mercosur, ont refusé de transformer un conflit politique réel en trophée symbolique pour les droites radicales. Le message est double : la Commission est sauvée et reste en place, mais l’accord UE–Mercosur, lui, ne dispose plus d’un consensus politique automatique. Santé et transports : les nouvelles règles sur les médicaments critiques et les droits des passagers Loin des grands discours, cette plénière a aussi débouché sur des décisions très concrètes pour la vie quotidienne : se soigner, prendre l’avion, ne pas être abandonné dans un aéroport ou devant une pharmacie vide. Sur les médicaments critiques, le Parlement a poussé un texte ambitieux pour sécuriser l’accès à des molécules essentielles (antibiotiques, insuline, certains anticancéreux), relocaliser une partie de la production et obliger l’industrie à plus de transparence sur ses chaînes d’approvisionnement. L’idée est simple : que la prochaine pénurie ne soit pas gérée à coup d’appels au « civisme » adressés aux patients et aux soignants, mais par une planification publique de la production et des stocks. Sur les droits des passagers aériens, les eurodéputé·es ont tracé des lignes rouges face aux tentatives des États et des compagnies de rogner les protections actuelles. Le Parlement a confirmé le droit à indemnisation à partir de trois heures de retard, là où les gouvernements voulaient relever le seuil à quatre ou six heures selon les vols. Le texte a été adopté à une écrasante majorité (plus de 600 voix pour). Il renforce aussi des droits très concrets : bagage cabine et petit effet personnel gratuits, placement des enfants de moins de 14 ans et des personnes à mobilité réduite sans supplément, formulaires préremplis pour faciliter les demandes d’indemnisation. Concrètement concernant le vote sur les droits des passagers aériens pour quelqu’un qui prend l’avion cela signifie que si un vol a plus de trois heures de retard, la compagnie ne peut pas se contenter d’un bon d’achat ou d’excuses : elle doit indemniser, nourrir, loger si nécessaire, et les démarches doivent être simplifiées. Ces gains ne tombent pas du ciel : ils sont le résultat d’un rapport de forces entre lobbies industriels, gouvernements et élus plus ou moins sensibles aux mobilisations citoyennes et aux associations de consommateurs. Démocratie, droits humains et bataille culturelle La session de janvier a aussi été traversée par une série de débats et de résolutions sur la démocratie et les droits humains, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union. Les eurodéputé·es ont adopté un nouveau rapport annuel sur l’état des droits fondamentaux dans le monde, avec un focus sur la répression des mouvements sociaux et des oppositions : manifestations en Iran, situation au Venezuela, criminalisation croissante de la solidarité avec les personnes migrantes. Ces textes n’ont pas de force juridique directe, mais ils pèsent dans la définition des priorités diplomatiques et des régimes de sanctions. Ils peuvent servir de base à des sanctions ciblées, à des conditionnalités sur certains accords commerciaux ou à des prises de position communes de l’UE dans les enceintes internationales. Ainsi, le Parlement peut être un lieu où se formulent des solidarités internationales, même si tout ne se traduit pas immédiatement en lois contraignantes. Au‑delà des votes : les grands moments de la semaine La semaine de plénière à Strasbourg a aussi été marquée par des moments symboliques. Une séance solennelle a célébré les 40 ans de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal à l’UE, avec des discours du roi Felipe VI et du président Marcelo Rebelo de Sousa. Au‑delà de l’hommage historique à la sortie des dictatures franquiste et salazariste, ils ont présenté l’Europe comme un rempart contre les régimes autoritaires et insisté sur la nécessité de défendre la démocratie face à la montée de l’extrême droite. Dès l’ouverture de la session, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a rendu hommage aux victimes de l’incendie de Crans‑Montana en Suisse et de la collision ferroviaire en Espagne, en invitant l’hémicycle à observer une minute de silence. Elle a aussi délivré un message très politique sur la crise autour du Groenland et les pressions venues de Washington, en réaffirmant le soutien plein et entier de l’Union au Danemark et au peuple groenlandais, et en dénonçant les tentatives de chantage. Un autre temps fort a été le débat de débriefing du Conseil européen de décembre avec Antonio Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen. Les député·es y ont interrogé les conclusions des chefs d’État et de gouvernement sur l’Ukraine, la défense, les migrations, l’usage des avoirs russes gelés, la compétitivité et l’élargissement. Pour les lecteurs et lectrices peu familiers des institutions, on peut résumer ainsi : le Conseil européen, c’est la réunion des chefs d’État et de gouvernement (Macron, Scholz, etc.) qui fixent les grandes orientations ; la Commission propose les textes ; et le Parlement les discute et les vote. Ce débat a cristallisé une confrontation entre les partisans d’une Europe centrée sur la défense, l’industrie et les frontières, et celles et ceux qui défendent d’abord une Europe sociale et démocratique. FAQ – Comprendre la session du Parlement européen de janvier 2026 Qu’est-ce que le Parlement européen a décidé sur l’accord UE–Mercosur ? Les eurodéputé·es ont voté une résolution demandant à la Cour de justice de l’UE de vérifier si l’accord est compatible avec les traités européens. Tant que la Cour n’a pas rendu son avis, le Parlement ne peut pas ratifier l’accord, ce qui bloque sa mise en œuvre complète. L’écart a été très serré : 334 voix pour, 324 contre, 11 abstentions. Quels groupes ont soutenu l’envoi de l’accord UE–Mercosur devant la Cour de justice ? Le groupes écologistes (Verts/ALE) à 73% et la gauche (The Left) 100% ont massivement voté pour la saisine de la Cour, car ils dénoncent l’impact de l’accord sur le climat, l’agriculture et les droits sociaux. Le groupe d’extrême droite Patriots for Europe 90% a aussi soutenu la saisine, mais pour des raisons différentes (rejet du libre‑échange et populisme anti‑Commission). Une partie de Renew Europe (notamment les Français et Belges) 34% ainsi que plusieurs élu·es d’ECR (Polonais et Français) 47% ont également voté pour, en rupture avec la ligne plus favorable au commerce de leurs familles politiques. Est-ce que cela veut dire que Mercosur est mort ? Non, l’accord n’est pas « mort », mais il est sérieusement ralenti et politiquement fragilisé. La Commission pourrait tenter d’appliquer provisoirement certaines parties, mais ce serait très contesté, car le Parlement a clairement exprimé ses doutes. Qu’est-ce que ça change concrètement pour l’Ukraine ? Le Parlement a validé le principe d’un nouveau prêt européen à l’Ukraine, garanti par le budget de l’UE et financé par un emprunt commun. En pratique, l’UE emprunte sur les marchés à long terme, puis prête à l’Ukraine, ce qui permet de lisser l’effort dans le temps et d’éviter que quelques États seuls portent tout le poids financier. Qu’est-ce qui change pour les passagers aériens ? Les eurodéputé·es ont défendu le maintien de la compensation à partir de trois heures de retard, alors que les gouvernements voulaient repousser ce seuil à quatre ou six heures. Ils ont aussi soutenu l’idée d’un bagage cabine et d’un petit effet personnel gratuits, de formulaires préremplis pour les demandes d’indemnisation, et de la garantie que les enfants et les personnes à mobilité réduite puissent être assis gratuitement à côté de leur accompagnant. Pourquoi le Parlement parle-t-il de médicaments « critiques » ? Il s’agit des médicaments dont on ne peut pas se passer (antibiotiques clés, insuline, certains anticancéreux, etc.), et qui ont été en pénurie ces dernières années. Le Parlement veut sécuriser ces chaînes d’approvisionnement, encourager une production en Europe et imposer plus de transparence aux laboratoires pour éviter que les soignants et les patients se retrouvent à gérer la crise au dernier moment. Qui décide vraiment dans les instances de l’UE : le Conseil, la Commission ou le Parlement ? En résumé : le Conseil européen (chefs d’État et de gouvernement) fixe les grandes orientations politiques ; la Commission propose les textes ; le Parlement et le Conseil (ministres) les votent et les modifient. La session de janvier a montré que le Parlement peut, sur certains dossiers (Mercosur, passagers, médicaments), s’écarter de la ligne Commission–gouvernements pour défendre davantage les intérêts des citoyens. Sources Parlement européen – « EU‑Mercosur: MEPs demand a legal opinion on its conformity with the EU treaties », 20 janvier 2026 :https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20260116IPR32450/eu-mercosur-meps-demand-a-legal-opinion-on-its-conformity-with-the-eu-treaties Parlement européen – « Parliament rejects motion of censure against European Commission », 22 janvier 2026 :https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20250704IPR29455/meps-reject-motion-of-censure-against-the-european-commission Parlement européen – « European Parliament stands behind air passenger rights », 20 janvier 2026 :https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20260116IPR32442/european-parliament-stands-behind-air-passenger-rights Parlement européen – « December European Council debrief and vote on Ukraine loan », 19 janvier 2026 :https://www.europarl.europa.eu/news/en/agenda/plenary-news/2026-01-19/0/december-european-council-debrief-and-vote-on-ukraine-loan Euronews – « EU‑Mercosur trade deal referred to Court of Justice », 20 janvier 2026 :https://www.euronews.com/my-europe/2026/01/21/european-parliament-freezes-mercosur-deal-referring-it-to-eu-court-of-justice The Diplomat in Spain – « European Parliament requests a legal opinion from the EU Court of Justice on the Mercosur agreement », 21 janvier 2026 :https://thediplomatinspain.com/en/2026/01/22/european-parliament-requests-a-legal-opinion-from-the-eu-court-of-justice-on-the-mercosur-agreement/ EUobserver – « Fourth bid to censure von der Leyen in European Parliament fails », 21 janvier 2026 :https://www.euobserver.com/eu-political/ar27d8b1b5 European Sting – « European Parliament stands behind air passenger rights », 22 janvier 2026 :https://europeansting.com/2026/01/23/european-parliament-stands-behind-air-passenger-rights/ bilaterals.org – « EU‑Mercosur mobilisations continue as farmers ask MEPs to uphold democracy », 21 janvier 2026 :https://www.bilaterals.org/?eu-mercosur-mobilisations-continue-as-farmers-ask-meps-to-uphold-democracy Partager 0 FacebookTwitterPinterestTumblrVKOdnoklassnikiStumbleuponLINEPocketViberThreadsBlueskyEmail Yohan Taillandier Yohan Taillandier – Expert en Droit du Travail Européen et Journaliste engagé Spécialiste des enjeux sociaux et institutionnels, Yohan Taillandier décrypte la complexité des politiques européennes à travers le prisme des réalités de terrain et de la rigueur juridique. Expertise et Double Formation : Diplômé d’un Master 1 en Sciences Économiques et d’un Master 2 en Droit du Travail Européen et Sciences du Travail (Toulouse), il possède une vision transversale des mécanismes de l'Union. Cette double compétence lui permet d'analyser avec précision l'impact économique des législations bruxelloises sur le quotidien des citoyens. Un parcours forgé par l'expérience : Ancien correspondant de presse à L'Action Républicaine et fondateur du syndicat CGT des livreurs ubérisés de Toulouse, il a porté ce combat jusqu'au Parlement européen pour la directive "Plateformes". Journaliste radio pour Radio Mon Païs de 2021 à 2025, il met aujourd'hui son savoir-faire au service de son propre média numérique. Sa Vision : « L'Europe ne doit plus être une boîte noire gouvernée par 20 000 lobbies. » Face à une démocratie chancelante, il s'attache à rendre visible le travail des députés et l'impact des directives européennes. Article précédent Institutions européennes 26 janvier 2026 : entre plénière chargée, bras de fer sur Mercosur et serrage de vis budgétaire Article suivant Revue de presse économie UE 02 février 2026 : Stabilisation monétaire et défis industriels Vous aimerez aussi État dual en Europe : De Minneapolis à la tentation autoritaire février 10, 2026 Vivre en Europe : 8 réalités sur la crise du logement en... février 5, 2026 Groenland : pourquoi l’Europe sort‑elle (enfin) les griffes face aux États‑Unis ? janvier 20, 2026 Droits des passagers aériens : Le grand danger de 2026 en Europe janvier 16, 2026 Accord UE ‑ Mercosur : 9 vérités sur un accord qui divise l’Europe janvier 13, 2026 Tribune : Venezuela – Trump, un avertissement pour l’Europe ? janvier 9, 2026 Logement, Eau, Justice : La révolution silencieuse de la Présidence chypriote de... janvier 6, 2026 Bulgarie zone euro 2026 : Grand saut historique ou marche forcée vers... janvier 1, 2026 Alerte à Bruxelles : La réforme du marché européen de l’électricité face... décembre 23, 2025 L’Europe vote un soutien historique au droit à l’avortement en Europe :... décembre 18, 2025 Laisser un commentaire Annuler la réponse Enregistrer mon nom, e-mail et site web pour mes prochains commentaires