ACTUALITES Accord UE ‑ Mercosur : 9 vérités sur un accord qui divise l’Europe Par Yohan Taillandier janvier 13, 2026 Par Yohan Taillandier janvier 13, 2026 1 Commentaire Partager 0FacebookTwitterPinterestTumblrVKOdnoklassnikiStumbleuponLINEPocketViberThreadsBlueskyEmail 441 Mise à jour du 21 janvier 2026 : le Parlement européen a voté par 334 voix contre 324, et 11 abstentions, une demande d’avis à la Cour de justice de l’UE sur l’accord UE‑Mercosur, ce qui met de fait en pause le vote final du Parlement sur la ratification le temps que la Cour rende sa décision. Mais, malgré ce recours, certains dirigeants et diplomates européens plaident pour que l’accord puisse quand même entrer en vigueur de manière provisoire dès qu’un premier pays du Mercosur l’aura ratifié, une option qui reste très contestée politiquement. Alors que l’Union européenne a finalisé l’un des accords commerciaux les plus vastes jamais négociés, l’accord UE-Mercosur s’impose comme un test politique majeur. Présenté par la Commission européenne comme un levier de croissance, de compétitivité et de puissance géo-économique, il suscite pourtant une contestation durable dans de nombreux pays européens. Derrière ce traité se joue bien plus qu’une simple baisse de droits de douane : c’est une confrontation entre deux visions de la mondialisation, entre promesse industrielle, inquiétudes agricoles, urgence climatique et déficit démocratique. Depuis plus de vingt ans, l’accord UE-Mercosur avance par à-coups, bloqué, relancé, réécrit, sans jamais réellement être approprié par les citoyens. Aujourd’hui encore, une large partie de la population européenne en ignore le contenu précis, tout en exprimant une défiance profonde. Ce décalage entre l’ampleur des enjeux et la faiblesse du débat public nourrit l’idée d’une Europe qui décide loin des peuples. Accord UE – Mercosur : un géant sud-américain aux portes de l’Europe Pour comprendre l’accord UE‑Mercosur, il faut d’abord revenir au bloc sud‑américain lui‑même. Le Mercosur « Mercado Común del Sur », marché commun du Sud est né en 1991 avec le Traité d’Asunción, signé par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. L’ambition était claire : construire un marché commun sur le modèle européen, en supprimant progressivement les barrières douanières internes et en adoptant un tarif extérieur commun vis‑à‑vis du reste du monde. Aujourd’hui, le Mercosur regroupe ces quatre États parties, rejoints ensuite par le Venezuela (suspendu depuis 2016) et la Bolivie, dont l’adhésion est en cours de consolidation. Autour de ce noyau central gravitent plusieurs pays associés (Chili, Pérou, Colombie, Équateur, entre autres) qui participent à certains accords sans faire pleinement partie de l’union douanière. En termes économiques, l’ensemble pèse lourd : le Mercosur représente environ 62% du PIB de l’Amérique du Sud et un partenaire commercial déjà majeur pour l’UE. 25 ans de négociations : pourquoi l’accord aboutit-il seulement maintenant ? L’histoire de l’accord UE‑Mercosur commence à la fin des années 1990. En 1995, un accord‑cadre de coopération interrégionale pose les bases d’un futur accord d’association incluant un pilier commercial. En 1999, lors du sommet de Rio entre l’UE, l’Amérique latine et les Caraïbes, les deux blocs lancent officiellement les négociations d’un accord d’association UE‑Mercosur. Très vite, les lignes de fracture apparaissent : les pays du Mercosur veulent un accès renforcé au marché européen pour leurs produits agricoles (viande bovine, volaille, sucre, éthanol), tandis que l’UE cherche surtout à ouvrir les marchés sud‑américains aux voitures, machines, produits chimiques et services européens. Après une première tentative d’aboutir en 2004, les pourparlers sont suspendus pendant plusieurs années, coincés entre défense de l’agriculture européenne et crainte de désindustrialisation au Sud. En 2010, l’UE et le Mercosur relancent les négociations, portées par une nouvelle dynamique de traités commerciaux (CETA, accord avec la Corée, le Japon, etc.). Après une succession de cycles et d’offres tarifaires, un accord de principe est finalement annoncé en juin 2019, en marge du G20 d’Osaka : sur le papier, l’UE et le Mercosur s’accordent sur la suppression progressive de droits de douane couvrant plus de 90% des échanges de biens. Mais la hausse de la déforestation en Amazonie sous la présidence de Jair Bolsonaro, la montée en puissance du Green Deal européen et la pression des ONG environnementales font de l’accord un symbole des contradictions de l’UE entre libre‑échange et climat. Plusieurs États membres dont la France, l’Autriche, l’Irlande et les Pays‑Bas annoncent qu’ils refuseront de ratifier un accord jugé incompatible avec l’accord de Paris. Le retour de Lula à la présidence brésilienne en 2023 change le contexte politique. Lula promet de lutter contre la déforestation et soutient la conclusion de l’accord avec l’UE. Bruxelles tente alors de sauver le texte en ajoutant un « instrument additionnel » sur le développement durable, la déforestation et le respect de l’accord de Paris. Après plusieurs allers‑retours de propositions entre 2023 et 2024, les deux blocs annoncent en décembre 2024, la conclusion formelle des négociations sur un accord de partenariat UE ‑ Mercosur. La phase technique est terminée et le Conseil de l’UE a validé l’accord en janvier 2026. Accord UE-Mercosur : Industrie vs Agriculture, qui gagne, qui perd ? L’accord UE‑Mercosur est présenté par la Commission Européenne comme la création de l’un des plus grands espaces de libre‑échange au monde, représentant plus de 750 millions de consommateurs. Le commerce bilatéral de biens et de services entre les deux blocs dépasse déjà 135 milliards de dollars par an. Sur le plan tarifaire, l’accord prévoit la suppression progressive de droits de douane sur environ 91% des exportations européennes vers le Mercosur, ce qui représenterait une économie de 4,5 milliards d’euros par an pour les entreprises de l’UE. Les principaux gagnants attendus côté européen sont l’automobile, la chimie, la pharmacie, les machines et les biens d’équipement, mais aussi le vin, les fromages et d’autres produits à haute valeur ajoutée bénéficiant d’indications géographiques. En échange, le Mercosur obtient des concessions importantes sur les produits agricoles et certaines matières premières. L’accord ouvre des volumes aux droits de douane fortement réduits pour la viande bovine, la volaille, le sucre, l’éthanol et d’autres produits sensibles pour les agriculteurs européens. Ces volumes restent encadrés par des quotas, mais ils viennent s’ajouter à une concurrence internationale déjà ressentie comme écrasante dans de nombreuses régions rurales. Le texte prévoit aussi une réduction des restrictions et taxes à l’exportation sur certains minerais stratégiques pour la transition énergétique (lithium, cuivre, autres métaux critiques), un point que Bruxelles met en avant comme essentiel pour la « sécurité économique » de l’UE. Pour les gouvernements sud‑américains, l’accord est présenté comme une opportunité de diversifier leurs débouchés au‑delà de la Chine et des États‑Unis, tout en attirant davantage d’investissements européens. Droits sociaux, climat, déforestation : des garanties jugées insuffisantes L’accord comporte un chapitre « commerce et développement durable » qui engage les parties à respecter les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail : liberté syndicale, droit à la négociation collective, abolition du travail forcé et du travail des enfants, lutte contre les discriminations. L’UE présente ce volet comme une preuve que le libre‑échange peut aller de pair avec la défense des droits sociaux et promet une coopération renforcée sur l’inspection du travail, la santé et sécurité au travail et les « conditions de travail décentes ». Mais plusieurs analyses pointent un décalage entre ces engagements formels et la réalité sociale dans le Mercosur. Des rapports syndicaux et d’ONG rappellent que, malgré la ratification de nombreuses conventions OIT, des violations systématiques persistent : travail forcé et esclavage moderne dans certaines chaînes de la viande et du soja, travail des enfants, violences anti‑syndicales, précarisation massive dans l’agro‑business. Surtout, le chapitre social n’est pas adossé à des sanctions commerciales automatiques : en cas de violation grave, le mécanisme repose sur le dialogue, des panels d’experts et la pression politique, beaucoup moins sur des mesures contraignantes comme la suspension de préférences tarifaires. Du point de vue des syndicats européens, le risque est donc double. Du côté Mercosur, l’accord peut consolider des chaînes de valeur basées sur la compression des salaires, la sous‑traitance et la fragilisation de l’organisation collective du travail, sans outil fort pour contraindre les gouvernements à changer de cap ; Et du côté européen, il exerce une pression à la baisse sur certaines filières (élevage, sucre, volailles), mettant en concurrence des travailleurs soumis à des normes sociales et environnementales plus strictes avec des producteurs dont les coûts sont abaissés par des conditions de travail moins protégées. La Confédération européenne des syndicats (CES) demande ainsi l’ajout de clauses de sauvegarde et de « mesures d’accompagnement » plus robustes pour protéger l’emploi et conditionner réellement les avantages commerciaux au respect effectif des droits fondamentaux du travail. Climat et déforestation : un « accord bombe à retardement » ? Sur le climat, la critique est encore plus frontale. Sur le papier, l’accord confirme l’engagement à mettre en œuvre l’Accord de Paris, à lutter contre la déforestation et à renforcer la coopération environnementale. Mais plusieurs évaluations indépendantes, notamment celles de l’Institut Veblen et de l’ONG Canopée, qualifient le texte de « bombe à retardement climatique », estimant qu’il encouragera la déforestation et les émissions plutôt que de les réduire. Un rapport commandé par le gouvernement français conclut qu’une mise en œuvre de l’accord pourrait entraîner une augmentation annuelle de la déforestation de l’ordre de 700 000 hectares, soit une hausse d’environ 5% par an dans les pays du Mercosur, principalement à cause de l’extension des pâturages bovins et des cultures de soja destinées à l’exportation. Les chercheurs rappellent que, sur les quarante dernières années, environ 77% des nouveaux pâturages créés en Amérique latine l’ont été au détriment de la végétation naturelle, ce qui contredit l’idée qu’une intensification agricole suffirait à éviter l’abattage de nouvelles forêts. L’accord comporte bien une promesse de « prendre des mesures » pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030, mais cette échéance est jugée trop tardive au regard de l’urgence climatique, moins ambitieuse que certains engagements internes déjà annoncés par le Brésil. Et surtout, non assortie de mécanismes contraignants. Les mesures restent floues, sans trajectoire chiffrée ni sanctions automatiques en cas de non‑respect. Vu de la gauche et des écologiste, le Mercosur menace donc de devenir un frein à la montée en puissance des politiques climatiques, au moment même où l’UE affirme vouloir renforcer sa régulation contre la déforestation importée. Accord UE-Mercosur : Qui est pour, qui est contre en Europe ? Le 9 janvier 2026, les États membres de l’UE donnent leur feu vert à la signature de l’accord, par 21 voix pour, 5 contre et 1 abstention. Les opposants sont la France, l’Irlande, la Pologne, la Hongrie et l’Autriche ; la Belgique s’abstient, principalement en raison de l’opposition wallonne, très critique sur les accords commerciaux. Dans le camp du « oui », on trouve notamment l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, plusieurs États nordiques, baltes et d’Europe centrale, pour qui les gains industriels et géopolitiques l’emportent sur les risques agricoles. L’Allemagne met en avant les bénéfices pour son industrie automobile et ses machines‑outils, l’Espagne son ancrage historique en Amérique latine et ses multinationales, l’Italie ses exportations agro‑alimentaires de qualité protégées par les indications géographiques. À l’inverse, la France, l’Irlande, la Pologne, l’Autriche et la Hongrie invoquent la protection de leurs agriculteurs et dénoncent un texte jugé incohérent avec les objectifs climatiques et la lutte contre la déforestation. Ces lignes de fracture ne recoupent pas simplement Nord/Sud ou Est/Ouest, mais plutôt deux modèles économiques : Europe industrielle exportatrice d’un côté, Europe agricole inquiète de l’autre. 4,5 milliards d’eurosC’est le montant annuel des droits de douane que les entreprises européennes économiseraient grâce à l’accord, principalement dans les secteurs industriels. Cependant, ce gain financier est mis en balance par les scientifiques avec une hausse potentielle de 5 % de la déforestation annuelle dans les pays du Mercosur pour répondre à la nouvelle demande agricole. Accord UE- Mercosur : L’opinion publique européenne est hostile dans les pays sondés Du côté de la population, les données disponibles pointent une opposition largement majoritaire dans les pays où des sondages ont été réalisés spécifiquement sur l’accord UE‑Mercosur. Un sondage YouGov commandé par SumOfUs, cité dans plusieurs analyses, montrait déjà plus de 80% d’opposition à la ratification dans un ensemble de pays européens dès 2019 ; des chiffres autour de 75% d’opinions défavorables sont encore mentionnés en 2021. En janvier 2026, un nouveau sondage YouGov dans six pays (France, Allemagne, Belgique, Irlande, Autriche, Espagne) indique que 63% des répondants estiment que l’accord devrait être stoppé, contre 14% seulement qui souhaitent qu’il se poursuive ; le reste se dit indécis. Ces données ne couvrent pas l’ensemble des 27, mais elles convergent avec la forte mobilisation observée en France, en Irlande, en Belgique et en Autriche, où l’accord est associé à la déforestation en Amazonie et à la concurrence sur la viande bovine. Les lobbies sont‑ils plus forts que la démocratie européenne ? Sur le dossier Mercosur, la critique récurrente est la suivante : les grands intérêts industriels auraient eu un accès privilégié aux négociateurs européens, bien supérieur à celui des ONG et des syndicats. Un rapport de Friends of the Earth Europe documente par exemple que les représentants des secteurs automobile, chimique et agro‑alimentaire ont multiplié les réunions au niveau des commissaires et des directeurs généraux de la Commission, alors que les ONG environnementales étaient davantage cantonnées à des échelons techniques. Des organisations comme BusinessEurope – principale fédération du patronat européen – ou l’ACEA (constructeurs automobiles) défendent publiquement l’accord, le présentant comme une opportunité historique pour l’industrie européenne, et appellent à une ratification rapide. À l’inverse, des réseaux paysans, des ONG climatiques et des instituts de recherche (Veblen Institute, par exemple) dénoncent un texte « poussé par les grandes entreprises » et « en contradiction avec le Green Deal ». Factuellement, l’asymétrie d’accès est documentée : les lobbies industriels sont plus présents et mieux dotés en ressources dans les couloirs de Bruxelles que les organisations de la société civile. Mais la plus grande critique démocratique concerne la possibilité de mettre en œuvre le cœur commercial de l’accord avant le vote du Parlement européen ! Sur le plan juridique, cela repose sur deux éléments. En effet, l’article 218(5) du Traité sur le fonctionnement de l’UE, autorise le Conseil, sur proposition de la Commission, à décider la mise en application provisoire d’un accord au moment de sa signature. Concrètement, le Conseil a approuvé la signature de cet accord UE-Mercosur début janvier 2026, sans vote préalable du Parlement européen avant tout début d’application provisoire. Cela rompt avec la pratique récente, où l’UE attendait en général le consentement du Parlement avant de déclencher cette application anticipée, même si les traités ne l’y obligeaient pas formellement. Des juristes et des ONG dénoncent un « fait accompli ». En effet, si l’accord UE-Mercosur commence à s’appliquer provisoirement (baisse de droits de douane, ouverture de quotas, etc.), il sera politiquement beaucoup plus coûteux pour le Parlement de rejeter l’accord ensuite, même s’il en a toujours, en droit, la possibilité. Le champ démocratique se réduit alors à un oui ou non global, sans possibilité d’amender le texte. Le Parlement ne peut qu’accepter ou rejeter en bloc, sans amender le texte, ce qui renforce le sentiment que la vraie négociation se joue entre Commission, gouvernements et lobbies, bien en amont du vote. Une nouvelle fois, cet accord montre comment les règles actuelles de la politique commerciale distribuent le pouvoir : très en amont à la Commission et aux gouvernements, dans un environnement de lobbying intensif, et plus en aval aux citoyens et au Parlement, avec peu de prise sur le contenu une fois le texte ficelé. C’est précisément ce déséquilibre que l’affaire Mercosur remet au centre du débat politique européen. C’est cette asymétrie, qui alimente l’idée d’une Europe « des lobbies plus forte que la démocratie ». La participation citoyenne, syndicale et parlementaire intervient tard, avec peu de leviers concrets pour rouvrir le texte, sauf à prendre le risque d’un affrontement frontal avec les gouvernements et les milieux d’affaires. Comment réagissent les responsables politiques européens ? Du côté des institutions, la présidente de la Commission européenne défend l’accord comme un « partenariat stratégique » indispensable pour renforcer le poids économique et diplomatique de l’UE face aux États‑Unis et à la Chine, assumant une lecture très géopolitique du traité. Les trois groupes situés à gauche de l’échiquier européen convergent pour critiquer l’accord, mais avec des nuances importantes dans le ton et la stratégie. Pour The Left, l’UE‑Mercosur est un symbole de « mondialisation à l’ancienne » : Manon Aubry et ses collègues y voient un traité qui sacrifie paysan·nes, climat et droits sociaux au profit des multinationales, et dénoncent un « mépris de la démocratie » qui justifie à leurs yeux une saisine de la Cour de justice de l’UE. Les Verts/ALE vont tout aussi loin sur le fond, mais en mettant au premier plan l’incompatibilité de l’accord avec le Pacte vert, l’urgence climatique et la lutte contre la déforestation, au point de lancer une campagne publique « Say no to EU‑Mercosur » et de qualifier l’accord de menace directe pour les forêts, la biodiversité et les droits humains. Les socialistes et sociaux‑démocrates, eux, sont plus divisés : la direction du groupe S&D continue de parler d’« opportunité historique » pour approfondir les liens avec l’Amérique latine, tout en exigeant des garanties plus fortes sur les droits du travail, l’environnement et l’agriculture, alors que certaines délégations, notamment la française, annoncent clairement qu’elles voteront contre. Le PPE, premier groupe au Parlement européen, reste le pivot de la ratification. Si la direction du groupe conservateur soutient l’accord au nom de la compétitivité industrielle et de la géopolitique, un débat interne persiste : plusieurs délégations nationales, dont les Républicains français, s’y opposent fermement pour protéger leurs filières agricoles. Comment réagissent les syndicats en Amérique du Sud ? Mais quelles sont les positions des syndicats et mouvements sociaux dans le Mercosur. Là aussi, le paysage est contrasté, au Brésil, des centrales comme la CUT (Central Única dos Trabalhadores) ont critiqué de longue date les accords de libre‑échange qui renforcent l’agro‑business, la dépendance aux exportations de matières premières et la précarisation du travail. Elles dénoncent le risque de voir s’accélérer un modèle basé sur les monocultures de soja et l’élevage extensif, avec des conséquences pour l’emploi industriel, les droits des communautés rurales et autochtones, et la déforestation. En Argentine et en Uruguay, plusieurs syndicats et organisations paysannes se montrent partagés : d’un côté, la perspective de nouveaux débouchés pour l’agro‑industrie et certaines industries exportatrices (automobile en Argentine, par exemple) , de l’autre, la crainte d’une plus forte volatilité liée à la dépendance vis‑à‑vis du marché européen et le refus d’un accord perçu comme asymétrique, où le Mercosur resterait cantonné au rôle de fournisseur de matières premières.Mais comme en Europe, plusieurs réseaux syndicaux et mouvements sociaux sud‑américains insistent sur le risque de mettre en concurrence les travailleurs du Nord et du Sud dans une course au moins‑disant social et environnemental, au lieu de construire des standards communs élevés. Ils réclament des clauses sociales et environnementales réellement contraignantes, assorties de mécanismes permettant aux syndicats et communautés affectées de saisir des instances indépendantes et d’obtenir des sanctions effectives en cas de violation. Ce qui ressort des prises de position connues, c’est surtout la critique d’un modèle d’intégration qui ne remet pas en cause la division internationale du travail : industrie et technologie au Nord, soja, viande et minerais au Sud. FAQ : Tout savoir sur l’accord UE – Mercosur Quand l’accord UE-Mercosur entrera-t-il en vigueur ? L’accord a été signé par le Conseil en janvier 2026. Une partie des mesures commerciales peut être appliquée de manière provisoire après la signature, mais la ratification complète nécessite le vote du Parlement européen et, selon la forme finale du traité, des parlements nationaux des 27 États membres. Quels sont les pays qui s’opposent à l’accord ? La France est le principal opposant, suivie par l’Irlande, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie. Ces pays s’inquiètent principalement de la concurrence agricole déloyale et des risques environnementaux en Amazonie. u003cstrongu003eL’accord va-t-il augmenter la déforestation ?u003c/strongu003e C’est la crainte majeure des ONG. Des études indépendantes (comme celle de l’Institut Veblen) estiment que l’augmentation des quotas de viande bovine pourrait accroître la déforestation de 5% par an dans les pays du Mercosur, malgré les u0022clauses de durabilitéu0022 incluses dans le traité. L’accord impose-t-il les mêmes normes environnementales aux agriculteurs du Mercosur qu’aux Européens ? C’est le point de discorde majeur. Si l’accord mentionne le respect de l’Accord de Paris, il n’impose pas de u0022clauses miroirsu0022 strictes. Cela signifie que les produits sud-américains peuvent être importés même s’ils ne respectent pas toutes les normes de production européennes (pesticides, bien-être animal), créant ce que les syndicats agricoles dénoncent comme une distorsion de concurrence. Existe-t-il des sanctions en cas de violation du droit du travail dans le Mercosur ? Non, et c’est la principale critique des syndicats (CES et CUT). Contrairement aux volets commerciaux, le chapitre sur le développement durable et le droit du travail (conventions de l’OIT) ne prévoit pas de sanctions financières ou de suspension des droits de douane. En cas de non-respect de la liberté syndicale ou de recours au travail forcé, le mécanisme repose sur un u0022panel d’expertsu0022 et un dialogue politique, sans pouvoir contraignant direct. Sources : Commission européenne – Fiche officielle « EU‑Mercosur agreement » (contenu, chiffres clés, calendrier) :https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/mercosur/eu-mercosur-agreement_en Commission européenne – Fiche France « EU‑Mercosur Partnership Agreement: France » :https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/mercosur/eu-mercosur-agreement-france_fr Commission européenne – Q&A « EU‑Mercosur partnership agreement » :https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/qanda_24_6245 Conseil de l’UE / dépêches d’agences – Analyse Xinhua sur le feu vert des États membres :https://english.news.cn/europe/20260110/fa48b80927444dafa1e6c7af52cbbee2/c.html Grands médias généralistes Le Monde – « EU‑Mercosur agreement: Five key questions about where things stand » :https://www.lemonde.fr/en/les-decodeurs/article/2026/01/10/eu-mercosur-agreement-five-key-questions-about-where-things-stand_674 Le Monde – « Mercosur : agriculture, minerais, industrie… Ce que contient l’accord » :https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/10/mercosur-agriculture-minerais-industrie-ce-que-contient-l-accord_6661235_3234.html France 24 – « Macron says France will vote against EU‑Mercosur deal after farmers’ protest » :https://www.france24.com/en/france/20260108-macron-says-france-will-vote-against-eu-mercosur-deal-after-farmers-protest BBC News – « EU reaches South America trade deal after 25 years of talks » :https://www.bbc.com/news/articles/ceqzj49gny4o EUobserver – « EU‑Mercosur trade deal gets green light despite French opposition » :https://euobserver.com/eu-and-the-world/ar515c7d87 Analyses critiques, climat, déforestation, social Mediapart – « The EU–Mercosur trade deal: a ticking climate time bomb and biodiversity catastrophe » :https://www.mediapart.fr/en/journal/international/120126/eu-mercosur-trade-deal-ticking-climate-time-bomb-and-biodiversity-catastrophe Novethic – « Accord UE–Mercosur : feu vert malgré le risque de dumping social et environnemental » :https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/accord-ue-mercosur-valide-controverse-impact-environnemental-et-social-151303.html Carenews – « L’accord UE‑Mercosur “soulève toujours autant d’objections sévères” » :https://www.carenews.com/carenews-info/news/l-accord-ue-mercosur-souleve-toujours-autant-d-objections-severes-concernant-les Veblen Institute – « Key insights into the final EU‑Mercosur agreement » :https://www.veblen-institute.org/IMG/pdf/vf_key_insights_into_the_final_eu-mercosur-agreement_jan_2025.pdf Attac France – « Les 10 raisons de s’opposer à l’accord UE‑Mercosur » (dossier argumentaire) :https://france.attac.org/IMG/pdf/210131attac_mercosur.pdf Greenpeace UE – « Réaction à l’accord Mercosur : “De l’huile sur le feu qui brûle déjà dans la forêt amazonienne” » :https://www.greenpeace.org/belgium/fr/communique-de-presse/61816/reaction-a-laccord-mercosur-de-lhuile-sur-le-feu-qui-brule-deja-dans-la-foret-amazonienne/ Opinion publique et sondages Bilaterals / SumOfUs – Sondage YouGov « Vast majority of Europeans opposed to EU‑Mercosur trade deal » :https://www.bilaterals.org/?poll-vast-majority-of-europeans Le Petit Journal – « 78% des Français disent “non” à l’accord UE/Mercosur » :https://lepetitjournal.com/rio-de-janeiro/78-des-francais-disent-non-laccord-uemercosur-287956 Réactions des ONG et syndicats Friends of the Earth Europe – « The powers pushing for the planet‑wrecking EU‑Mercosur trade deal » :https://friendsoftheearth.eu/wp-content/uploads/2022/03/The-powers-pushing-for-the-planet-wrecking-EU-Mercosur-deal.pdf EFFAT – « EU‑Mercosur Agreement betrays European farmers, workers, consumers and the environment » :https://effat.org/in-the-spotlight/eu-mercosur-agreement-betrays-european-farmers-workers-consumers-and-the-environment/ Confédération européenne des syndicats (CES) – « EU‑Mercosur: Safeguard mechanisms and flanking measures for workers must be added to the agreement » :https://www.etuc.org/en/pressrelease/eu-mercosur-safeguard-mechanisms-and-flanking-measures-workers-must-be-added-agreement Greenpeace EU & Greenpeace Brésil – prises de position sur l’accord et la déforestation :https://www.greenpeace.org/belgium/fr/communique-de-presse/61816/reaction-a-laccord-mercosur-de-lhuile-sur-le-feu-qui-brule-deja-dans-la-foret-amazonienne/ Groupes politiques européens The Left – « MERCOSUR – A threat to our future » :https://left.eu/mercosur-a-threat-to-our-future/ The Left – « The Left requests Court Challenge to EU‑MERCOSUR deal » :https://left.eu/the-left-requests-for-court-challenge-to-eu-mercosur-deal/ S&D – « Mercosur: EU must not miss historic opportunity to deepen ties with Latin America » :https://www.socialistsanddemocrats.eu/newsroom/mercosur-eu-must-not-miss-historic-opportunity-deepen-ties-latin-america Greens/EFA – Communiqué « EU‑Mercosur » :https://www.greens-efa.eu/en/article/press/eu-mercosur-10809 Greens/EFA – Campagne « For people and the planet, say no to EU‑Mercosur » :https://www.greens-efa.eu/en/campaigns/mercosur Partager 0 FacebookTwitterPinterestTumblrVKOdnoklassnikiStumbleuponLINEPocketViberThreadsBlueskyEmail Yohan Taillandier Yohan Taillandier – Expert en Droit du Travail Européen et Journaliste engagé Spécialiste des enjeux sociaux et institutionnels, Yohan Taillandier décrypte la complexité des politiques européennes à travers le prisme des réalités de terrain et de la rigueur juridique. Expertise et Double Formation : Diplômé d’un Master 1 en Sciences Économiques et d’un Master 2 en Droit du Travail Européen et Sciences du Travail (Toulouse), il possède une vision transversale des mécanismes de l'Union. Cette double compétence lui permet d'analyser avec précision l'impact économique des législations bruxelloises sur le quotidien des citoyens. Un parcours forgé par l'expérience : Ancien correspondant de presse à L'Action Républicaine et fondateur du syndicat CGT des livreurs ubérisés de Toulouse, il a porté ce combat jusqu'au Parlement européen pour la directive "Plateformes". Journaliste radio pour Radio Mon Païs de 2021 à 2025, il met aujourd'hui son savoir-faire au service de son propre média numérique. Sa Vision : « L'Europe ne doit plus être une boîte noire gouvernée par 20 000 lobbies. » Face à une démocratie chancelante, il s'attache à rendre visible le travail des députés et l'impact des directives européennes. 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Quelle belle illustration du fonctionnement de l’UE par un exemple brûlant d’actualité! Très clair, très complet et du coup un peu long à lire, mais rien n’est en trop. Good job! KM Répondre Laisser un commentaire Annuler la réponse Enregistrer mon nom, e-mail et site web pour mes prochains commentaires